Chapter II: General Situation of Biological Diversity

27/03/2009
Contributor Ibrahima DIAKITE

 

2.1   Généralités sur le Mali

Le Mali, vaste pays continental de l’Afrique de l’Ouest, est situé entre 10° et 25° de latitude Nord et entre 4° de longitude Est et 12° de longitude Ouest. Sa superficie est de 1.241.138 km², dont les deux tiers se trouvent en zone désertique.

La pluviométrie moyenne annuelle varie de moins de 100 mm au Nord à plus de 1 400 mm au Sud. Par suite des effets persistants de la sécheresse, on note un recul des isohyètes d’environ 200 km vers le sud (PNAE, 1998). On distingue quatre zones bioclimatiques : zone saharienne, zone sahélienne, zone soudanienne et zone nord-guinéenne.

Selon les résultats provisoires du Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) la population était de 9.790.492 habitants en 1998 (DNSI, 1998). Le taux d’accroissement annuel est de 3,2% sur la période 1987-1992. Les femmes représentent 51,2%. L’urbanisation est forte. Plus de 27% de la population vivent dans les villes, proportion qui pourrait atteindre 50% à l’horizon l’an 2025 (Projet Mali Perspective Démographique 2025).

Le taux brut de scolarisation est de l’ordre de 47% (CPS/MEN), dont 59,70% pour les garçons et 40,30% pour les filles ; l’analphabétisme des adultes est estimé à 70%. La couverture sanitaire est faible (43%) en dépit des progrès réalisés depuis la stratégie de l’Initiative de Bamako (IB) et les enfants de moins de 5 ans payent encore un lourd tribut à de nombreuses maladies notamment les diarrhées et les maladies respiratoires. La population, à plus de 70% rurale, se livre essentiellement à l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’exploitation forestière, le commerce et l’artisanat. L'industralisation reste faible malgré des efforts dans l'agro-industrie.

L’application de programmes de réformes macro-économiques depuis 1982, l’amélioration de la production agricole, de l'exploitation minière et l’introduction de plus de rigueur dans la gestion économique se sont traduites par l’amélioration des performances économiques. Ainsi, l’accroissement du PIB a–t-il été de 4,6% entre 1994 et 1998.

L’économie nationale repose en grande partie sur l’exploitation des ressources biologiques. Selon le rapport sur le développement humain durable le PIB/habitant était de 267 US$ en 1999.  Le secteur rural fournit la part la plus importante du PIB national (plus de 44,6% en 1999). Les productions végétales fournissent 36% du PIB agricole, les productions animales 10,7%, la pêche 6% (1994). Le secteur rural a affiché des progrès appréciables en matière de couverture des besoins des populations en céréales, viandes, poissons et produits ligneux. Les disponibilités céréalières par personne et par an étaient en moyenne de 199 kg de 1987 à 1998,  indiquant une situation d’autosuffisance alimentaire relative (près de  94% des besoins couverts).

Les ressources naturelles subissent une forte pression se traduisant par une dégradation plus ou moins avancée des écosystèmes et par la diminution ou la perte d'importants éléments de la diversité biologique. On estime par exemple, que le rapport des terres cultivées par personne actuellement de 1,3 ha devrait passer à 0,7 en 2015 (PNAE, 1998), si la tendance actuelle se poursuit. Par ailleurs, si la dégradation physique et chimique des terres devait se poursuivre, cela se traduirait par une forte diminution des productions agricoles.

2.2   profil  de la diversite  biologique

La Convention sur la Diversité Biologique définit la diversité biologique comme la «variabilité des organismes vivants  de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes ».

Ainsi, le terme « diversité biologique » englobe-t-il toute la flore, la faune et les microorganismes terrestres et aquatiques ainsi que les écosystèmes au sein desquels ces ressources apparaissent et survivent. Les organismes vivants qui constituent la diversité biologique interagissent d’une manière complexe dans le milieu.

La Diversité Biologique comprend d'une part les ressources génétiques contenues dans les races et les espèces animales et végétales et d'autre part les communautés écologiques au sein desquelles sont créées les conditions qui entretiennent la vie de toutes les populations.

La préservation de la Diversité Biologique consiste en la conservation des ressources génétiques, des espèces animales et végétales et le maintien de toutes les composantes des écosystèmes. Le Mali présente plusieurs types d'écosystèmes résultant de la diversité des conditions écologiques. Il recèle aussi un potentiel biotique important (espèces et ressources génétiques).

2.2.1 La diversité des écosystèmes

Par écosystème il faut entendre, selon la  Convention sur la Diversité Biologique,  «un complexe dynamique formé de communautés de plantes, d’animaux et de microorganismes et leur environnement non vivant qui, par leur interaction, forment une unité fonctionnelle».

L'inventaire des écosystèmes qui est présenté ici fait appel très largement à la méthode physionomique de classification des écosystèmes. Il est le résultat des travaux du Projet Inventaire des Ressources Terrestres (PIRT 1983, 1986) qui a décrit tous les écosystèmes naturels au sud du 19ème parallèle. Ce travail est la base de la présentation des écosystèmes. Il est complété par les résultats d'études régionales localisées dans certaines parties du pays. Le PIRT a défini trois niveaux de perception des écosystèmes : les zones bioclimatiques, les régions naturelles et les zones agro-écologiques.

Les zones bioclimatiques, au nombre de quatre, sont des entités homogènes définies par la combinaison des régimes d'humidité, de température des sols et la longueur de la saison agricole (Cf. Tableau 1). Du sud au nord, il s'agit des zones saharienne, sahélienne, soudanienne et guinéenne. A celles-ci, il faut ajouter le Delta Central du Niger, à cheval sur les zones soudanienne et sahélienne, qui jouit de conditions hydrologiques, écologiques et économiques particulières permettant de le considérer comme une région naturelle spécifique et de le traiter hors du regroupement des régions naturelles en zones bioclimatiques.

Tableau  1 : Les zones bioclimatiques et leurs caractéristiques climatiques.

ZONES Sous-zones bioclimatiques types climatiques Précipitations
Moyennes annuelles(1) (Pmm3)
Indices d'aridité climatique
(2)
Mois "secs" et mois "pluvieux"/an (2)
SAHARIENNE Saharien Hyper aride P <150 IAC <0,05 tous les mois sont "secs"
SAHELIENNE Sahélien Nord Aride    150 à 350mm    
 
   
0,05<IAC
9-11 mois "secs"
3 à 1 mois "pluvieux"
Sahélien Sud Aride 350mm à 600/550mm < 0,25
DELTA CENTRAL NIGERIEN(3) Soudano-Sahélien Aride 100 à 600 mm 0,25<IAC<0,50 9 à 11 mois "secs"
3 à 1 mois "pluvieux"
SOUDANIENNE Soudanien Nord Semi-Aride 600mm/550 à 800/750mm 0,25<IAC<0,50 7 à 9 mois "secs"
5 à 3 mois "pluvieux"
Soudanien Sud sub-humide 800/750mm à 1100mm 0,50<IAC<0,75 7 à 5 mois "secs"
7 à 5 mois "pluvieux"
GUINEENNE    Guinéen Nord     sub-humide     P >1100mm         
 
   


 

(1) : moyennes pluviométriques (PIRT, 1986)
(2) : données d'après Le Houérou et Popov
(3) : les auteurs d’après diverses données

Les régions naturelles sont des entités géographiques qui s'identifient à partir de leurs particularités géologiques et géomorphologiques. Elles sont au nombre de 14 : l'Adrar-Timétrine, l'Aklé-Azaouad, l'Azaouak, le Delta Central du Niger, la Falémé, le Gondo-Mondoro, le Gourma, le Guidimagha, le Haut Bani Niger, le Hodh, le Plateau de Bandiagara-Hombori, le Plateau de Koutiala, le Plateau Mandingue et le Tilemsi.

Les zones agro-écologiques sont des entités géographiques homogènes au point de vue géologie, géomorphologie, sol et végétation. Au total 49 zones agro-écologiques ont été ainsi identifiées (Cf. Carte  1).

Carte fig1

Dans le but de simplifier la présentation des systèmes écologiques et d'en faciliter la compréhension on a procédé au regroupement de toutes les régions naturelles à l’exception du Delta Central du Niger en quatre grands écosystèmes naturels ou zones bioclimatiques:  les zones Saharienne, Sahélienne,  Soudanienne et  Guinéenne. Ensuite, ces écosystèmes ont été classés dans les zones où se situe la majeure partie de leur surface. 

Les grands écosystèmes ainsi constitués sont décrits à deux niveaux : les zones bioclimatiques et les régions naturelles (constituées de zones écologiques). 

Au regard de ce qui précède, on distingue cinq grands écosystèmes :

  1. la zone bioclimatique du Sahara appartenant aux écosystèmes désertiques ;
  2. la zone bioclimatique du Sahel  appartenant globalement aux écosystèmes pré-désertiques ;
  3. la zone bioclimatique soudanienne correspondant aux écosystèmes de savane ;
  4. la zone bioclimatique guinéenne appartenant aux écosystèmes forestiers ;
  5. le Delta Central du Niger appartenant aux écosystèmes d’eau douce.

2.2.1.1    La zone saharienne

La zone saharienne correspond à des écosystèmes désertiques. L'eau y est le facteur limitant. Les pluies sont  irrégulières, espacées, voire accidentelles. La pluviométrie moyenne est inférieure à 100 mm. Il y règne une sécheresse permanente aggravée par des vents secs (harmattan) et des températures élevées avec d’importants écarts entre le jour et la nuit.

L’évapotranspiration y est très importante. Les sols sont squelettiques, sableux ou caillouteux à faible pouvoir de rétention de l'eau.

La zone est couverte par quatre régions naturelles (Cf. Tableau 2) : l’Azaouak, l’Adrar-Timetrine,  le Tilemsi et l’Aklé-Azaouad.

Tableau  2 : Caractéristiques de la zone saharienne

 

Régions Naturelles Pluviométrie Zones agro-écologiques
Dénomination Superficie (km2)
Azaouak 0 mm au Nord
à 200 mm au sud
In Tallak
In Ezergar
32 160
24 480
Adrar-Timétrine 0 mm au Nord
à 150 mm au Sud
Adrar
Timétrine
46 670
22 210
Tilemsi
 
150 mm au Nord
à 200-350 mm au sud
Vallée de Tilemsi
Abourak
Kounta

24 420
44 850
17 010
Total = 86 280
Aklé Azaouad 0 mm au Nord
à 200 mm au sud
Minkiri
Berabich
64.630
63.370

Source: PIRT (1986)

L’Azaouak est située à l’Est de la zone saharienne, dans la partie orientale du bassin des Illumenden. Au centre se trouve la région naturelle de l’Adrar-Timétrine, un vaste massif cristallin qui présente un modelé façonné lors des dernières périodes pluviales. L’érosion différentielle, dont le ruissellement était le principal facteur, a produit, un paysage d’inselbergs entre lesquels, on peut distinguer des dos de baleine typiques du relief granitique. Des glacis anciens et des vallées très encaissées sont fréquents dans la région. La région naturelle du Tilemsi, située au cœur de la zone saharienne, est une zone de dépôt de sédiments du Continental Terminal. Elle présente un paysage de larges plaines bordées par des plateaux disséqués. A l’ouest de la zone se trouve la région naturelle de l’Aklé-Azaouad. Elle  occupe le centre du Bassin de Taoudénit. Elle se présente sous la forme d’un vaste erg avec de petites dunes (Aklé) et de grands cordons dunaires. Les couches sédimentaires d’origine fluvio-lacustre du Continental Terminal et du Quaternaire ancien reposent sur des formations du Primaire et du Secondaire.

Les ressources en eaux de surface de la zone sont constituées de nombreuses mares dont les plus importantes sont celles d’Andéramboucane (pérenne), de Tamalet, de Samit et de Djebock. Les eaux souterraines sont abondantes.

Végétation

La végétation, lorsqu’elle est présente, est confinée dans les dépressions recevant des eaux de ruissellement. On y rencontre des espèces végétales annuelles à cycle de développement très court (éphémères) et des arbustes rabougris. Les plantes vivaces présentent des adaptations xérophytiques. Comme espèces, on peut citer Cornulaca monocantha, Panicum turgidum, Aristida pungens, A. longiflora, Calligonum comosum, Capparis decidua, Leptadenia  spartium. Dans les dépressions et oasis on rencontre Balanites aegyptiaca et Calotropis procera. Dans l'Adrar des Ifoghas et les régions avoisinantes du Tilemsi et du Tamesna, la flore est relativement riche (Encadré 1) malgré la localisation désertique. Près d'une quarantaine d'espèces herbacées (Koina 1983) y ont été récoltées dont Eragrostis sp, Sorghum sp. Tribulus sp., Cassia tora, Aristida sp., Panicum turgidum, Cymbopogon schoenanthus, Schouvia purpurea.

Les formations arbustives d'épineux qui survivaient dans les dépressions et cuvettes ont été largement détruites par la grande sécheresse des années 1970. La végétation  dans la vallée du Tilemsi comprend des ligneux comme Balanites aegyptiaca et Acacia adansonii, avec un tapis herbacé dominé par Citrulus lanatus. Le long du fleuve Niger, à la limite sud de la zone, on trouve Acacia ehrenbergiana et Hyphaene thebaïca.

Sur les regs du Kounta, la rare végétation comporte Boscia senegalensisAcacia ehrenbergiana, comme ligneux et  Aristida spp et Schoenefeldia gracilis comme herbacées. Les ergs sont le domaine d'Acacia raddiana et Leptadenia pyrotechnica. Le couvert ligneux peu fourni domine un tapis herbacé composé pour l'essentiel de Panicum turgidum.

La zone comporte des forêts classées totalisant 4 260 ha comprenant les doumeraies de Djidara, Zindiga et Baria ; le massif forestier à Acacia albida de Monzonga ; la forêt classée Kabara (de 460 ha, presque entièrement envahie par le village) et la réserve partielle de faune d’Ansongo-Menaka.

La zone constitue la limite septentrionale de l'aire de distribution pour les espèces suivantes :

  • Cadaba glandulosa                             
  • Boscia senegalensis
  • Mitragyna inermis                             
  • Bauhinia rufescens
  • Crataeva adansonii                                         
  • Anogeissus leiocarpus
  • Combretum glutinosum                                 
  • Acacia senegal
  • Combretum  aculeatum                                  
  • Albizzia chevalieri

Encadré 1: FLORE SPONTANEE PARTICULIERE DANS L’ADRAR DES IFOGHAS

Acacia albida

Acacia nilotica

Acacia  seyal

Albizzi chevalier

Balanites aegyptiaca

Boscia senegalensis

Calotropis procera

Cocculus pendulus

Combretum glutinosum

Cordia sinensis

Euphorbia balsamifera

Grewia bicolor

Grewia tenax

Hyphaene thebaïca

Leptadenia pyrothechnica

Maytenus communis

Ricinus communis

Sclerocarya birrea

Tinospora bakis

 Acacia ehrenbergiana

Acacia senegal

Acacia raddiana

Anogeissus leiocarpus

Bauhinia rufesceus

Cadaba glandulosa

Cadaba farinosa

Combretum aculeatum

Commiphora africana

Crataeva adansonii

Feretia apodanthera

Grewia flavesceus

Grewia villosa

Leptadenia hastata

Maerua crassifolia

Mitragyna inermis

Salvadora persica

Tamarindus indica

Ziziphus lotus

Ziziphus mauritiana

Source: Ag Sidiyène, 1996

Faune :

La zone saharienne abrite une faune sauvage particulièrement bien adaptée aux conditions rudes du milieu. Beaucoup d'animaux vivent sous terre le jour (dans des terriers) pour échapper aux fortes températures (causes de déshydratation) et sont actifs la nuit.

La faune comprend notamment des :

  • mammifères menacés (gazelle dama) ou en voie d’extinction (girafe, mouflon à manchettes de l'Adrar des Ifoghas, la gazelle leptocère, l’Addax dont le Mali possède un des derniers troupeaux ; et d'autres animaux (fennec, chacal, ratels, hérisson du désert, chat de Libye, renard des sables, chat des sables) ;
  • des insectes : mantes érémiaphiles, coléoptères, pimelia, papillons sphinx, criquet  pèlerin, etc.
  • des oiseaux : autruches, outardes, faucon pèlerin, courvites, alouettes, etc. 
  • des reptiles : couleuvre, vipère cornue, lézard fouette-queue ou uromastix, varan, geckos.

Dans la Réserve partielle de faune d'Ansongo-Ménaka, créée en 1950 avec une superficie de 1 750 000 ha, la faune comprenait girafe, gazelles (dama et dorcas) chacals, outardes, autruches, gazelle à front roux, oryx algazelle. Les girafes qui constituaient avec les gazelles et les autruches l'intérêt principal de la réserve sont  en voie d'extinction. L’absence des girafes réduit l’intérêt de la réserve.

L’Adrar des Ifoghas et les régions avoisinantes, notamment le Tamesna sont des sites grégarigènes importants du criquet pèlerin (Schistocerca gregaria).

2.2.1.2   La zone sahélienne

Le Sahel correspond à des écosystèmes arides et semi-arides, avec une pluviométrie moyenne annuelle variant entre 150 et 600 mm. La zone Sahélienne comprend cinq régions naturelles : Gourma, Plateau de Bandiagara-Hombori, Gondo-Mondoro, Hodh et Guidimagha (Cf. Tableau 3).

 

Tableau 3  : Caractéristiques de la zone sahélienne
 

Régions Naturelles

Pluviométrie

Zones agro-écologiques(km2)

Dénomination

Superficie

Gourma

250 mm au Nord

à

600 mm au Sud

Gandéras

Tin Bilal

In Tillit

15 140

14 330

 27 370

Total = 56.840

Plateau de

Badiangara Hombori

800 mm au Sud

à

450 mm au Nord

Bas Plateau Bobo

Haut Plateau Dogon

Djounde-ErensI

 7 750

8 750

10 320

Total =  26 820

Gondo-Mondoro

800 mm

à

450 mm

Plaine du Gondo

Plaine du Sourou

Le Séno

Le Mondoro

6 520

4 880

5 990

9 400

Total = 26 790

Hodh

350 mm au Nord-Est

à

750 mm au Sud

Mamanan Guidé

Toronké

Bas Kaarta

Haut Kaarta Occid

Ouagadou

Tyemandali

Daounas

 3 020

 5 030

17 990

12 740

26 420

17 340

17 271

Total = 99 811

Guidimagha

350 mm

   à

550 mm

Bérédji G1

Séro G-2

 5 100

12 150

Total = 17250

Source: PIRT, 1986

La région naturelle du Gourma est une pédiplaine découpée par des oueds et qui se divise du point de vue géologique en Gourma occidental et central (dominés par des schistes, grès, quartzites, dolomie, calcaire), Gourma oriental (schistes, quartzites) et Gourma septentrional largement ensablé.

Le Plateau de Bandiagara-Hombori, allongé du Sud au Nord sur 350 km environ domine la plaine du Gondo-Mondoro à l'Est, et celle du Delta Central du Niger à l'Ouest. Le Plateau de Bandiagara-Hombori  est constitué de grès supérieurs de la bordure Sud-Ouest du bassin de Taoudénit parmi lesquels on distingue les grès de Bandiagara (grès fins à grossiers avec des placages de galets de quartz) et les grès de Koutiala. Des venues dolomitiques sont visibles à Tassembé (Bandiagara).

La région naturelle du Gondo-Mondoro où l’altération des formations sédimentaires du Continental Terminal (sable, grès argileux) a produit une épaisse dalle cuirassée recouverte de cordons dunaires et autres dépôts récents.

La région naturelle du Hodh est constituée dans sa partie centrale par une vaste dépression, localement ensablée, avec un substratum pelitique (Cambrien). Les marges orientales du Hodh (limitrophes du Delta central) comportent des sédiments (grès tendres, argilites rougeâtres) du Continental Intercalaire ou du Continental Terminal (sables, grès argileux). Vers l'Ouest se trouve l'imposant Massif-Sarakolé fait de dolérite et d'argilites indurées

A l'Ouest, se trouve la Région naturelle du Guidimagha. La région est une vaste plaine dont l'altitude moyenne est d'environ 100 m. Le plus haut sommet se trouve dans le Beredji-Kourou, un ensemble fait de lambeaux de collines gréseuses culminant à 200 m d'altitude.

Végétation

Les conditions écologiques de la zone ont favorisé le développement de steppes: steppe herbeuse (arbres et arbustes pratiquement absents) et steppe arborée et/ou arbustive (arbres et arbustes présents). Les arbres sont principalement des épineux du genre Acacia, accompagnés par endroits des espèces des genres Combretum et Boscia, etc.

Le recouvrement de la strate ligneuse ne dépasse pas en général 5 à 15% sauf dans les dépressions où l’on peut rencontrer des fourrés assez denses. La distribution de la végétation est hétérogène en raison de la nature du sol et des variations topographiques.

Les dunes de sable à faible pouvoir de rétention de l'eau et les pentes au niveau desquelles le ruissellement est important ont une végétation ouverte. L’inondation de certaines zones par le fleuve Niger a favorisé l’installation d’importantes prairies aquatiques, composées principalement de graminées vivaces accompagnées d’espèces annuelles de décrue et d’espèces ligneuses.

Dans le Gourma, la végétation passe progressivement de la steppe à épineux (Gandéras) à la savane ouverte à combretacées (In Tillit) avec de plus en plus d’espèces nord-soudaniennes.

Les parties limoneuses de la plaine du Sourou portent Acacia seyal, Mitragyna inermis, Anogeissus leiocarpus, Acacia albida, Piliostigma reticulatum dans la strate ligneuse alors que la strate herbacée est caractérisée par Schoenefeldia gracilis, Andropogon pseudapricus, Loudetia togoensis, Zornia glochidiata.

Sur les dunes du Mondoro, on trouve une formation arbustive avec Combretum glutinosum, Guiera senegalensis et le tapis herbacé comprenant Schoenefeldia gracilis,Cenchrus biflorus, et Zornia glochidiata. Dans la plaine du Gondo, le couvert végétal est dominé par Combretum glutinosum, Balanites aegyptiaca, Guiera senegalensis et Eragrostis  tremula. Les terres cultivées portent généralement un parc à Acacia albida.

Dans les zones cultivées du Bas Plateau Bobo et du Haut Plateau Dogon la végétation est caractérisée par les parcs à Acacia albida. Sur les terres à cuirasse latéritique, on retrouve des formations arbustives essentiellement dominées par Pterocarpus lucens, Combretum glutinosum, Loudetia togoensis, Andropogon pseudapricus.

Sur les terrains rocheux plus au Sud, on rencontre des formations denses avec Pterocarpus erinaceus, Terminalia spp, Parkia biglobosa, Daniellia oliveri, Afrormosia laxiflora, avec un couvert graminéen dominé par Andropogon gayanus et Schizachyrium exilis.

Les pitons gréseux de la région de Hombori sont couronnés de plateaux rocheux à tapis végétal diffus avec des arbustes et des buissons. Les espèces rencontrées sont : Lannea microcarpa, Tephrosia mossiensis, Commiphora africana, Combretum micranthum, Sarcostemma viminale, Cissus quadrangularis, Senecio cliffordianus. Senecio cliffordianus est une intrusion orientale qui serait ici sa limite occidentale. Gyrocarpus americanus est une relique tertiaire qui se trouve à l'état disséminé à travers les affleurements gréseux entre Bandiagara et Sangha et près de Douentza (Jaeger, 1959).

Vers l’Ouest, dans la région de la Falémé, la végétation est ouverte au Nord, alors qu'elle est relativement dense dans le Sud où elle forme une savane arborée. On trouve surtout Combretum glutinosum accompagné par Diheteropogon haperupii et Schoenefeldia gracilis, tandis que sur les mêmes terrains en Falémé-sud plus arrosé, le couvert ligneux est composé par Combretum glutinosum, Bombax costatum, Pterocarpus erinaceus, Sterculia setigera, tandis que le tapis graminéen est caractérisé par Andropogon gayanus et Andropogon pseudapricus.

Les plaines limoneuses de la Falémé nord présentent Anogeissus leiocarpus, Pterocarpus lucens, Combretum glutinosum comme espèces ligneuses et Loudetia togoensis et Andropogon pseudapricus comme espèces herbacées dominantes.

Dans la Falémé Sud, les mêmes types de plaines portent Pterocarpus erinaceus, Oxythenanthera abyssinica et Diheteropogon erinaceus et Diheteropogon hagerupii.

La végétation du Hodh comprend une steppe arbustive à base de Combretum glutinosum et Acacia seyal avec les graminées annuelles Andropogon pseudapricus et Schoenefeldia gracilis.  Les plaines du Bas Kaarta portent essentiellement Bombax costatum et Schoenefeldia gracilis. Sur les dunes du Toronké, du Kaarta, du Ouagadou et du Tyémandali, les formations végétales sont dominées par Bombax costatum, Combretum glutinosum dans la strate arbustive et par Schoenefeldia gracilis et Cenchrus biflorus dans la strate herbacée.

Le couvert végétal du Guidimagha est une steppe arbustive, parfois arborée, ouverte à très ouverte, sur sols sableux à sablo-limoneux. Les sols hydromorphes du système Térékolé-Magui et du Karakoro peuvent porter une végétation plus fermée.

Le couvert ligneux est formé par Acacia senegalA. seyal, Balanites aegyptiaca, Adansonia digitata, Sterculia setigera, Feretia apodanthera et le couvert herbacé présente Aristida spp., Zornia glochidiata, Schoenefeldia gracilis, Pennisetum pedicellatum.

Faune

La faune a subi d’importantes réductions. Des effectifs plus ou moins importants de certaines espèces se retrouvent encore dans la partie sud sahélienne (gazelles, hippotragues, autruches).

Quelques secteurs recèlent encore les représentants habituels de la faune sahélienne : gazelle dorcas, dama, gazelle rufifrons, quelques Oryx, éléphant (Encadré 2). Certaines espèces de cette faune tendent à disparaître. Il s'agit notamment de : Oryx, gazelle dama, autruche.

 

Encadré 2 : UN TROUPEAU D’ELEPHANTS EN DANGER

 

La faune de la zone sahélienne se singularise par la présence d’un troupeau d’éléphants du Gourma (d’environ 600 têtes), représentant la population la plus septentrionale et la plus viable de l'Afrique de l'Ouest. Ces éléphants ont acquis au cours des siècles un comportement migratoire (sur plus de 800 km) qui les amène à décrire une large courbe annuelle entre le Gourma malien (10 mois ) et le Sahel burkinabé (2  mois). Cette population d’éléphants qui a souffert de la longue période de sécheresse des années 1970-1980 (tarissement de mares, dégradation des zones de pâturage) est aujourd’hui menacée par la concurrence pour l’eau et  l’espace avec les populations humaines et  par le braconnage.

 

Les carnivores encore nombreux sont représentés par les hyènes (tachetées et rayées), les chats et le chacal ou rares (lion, panthère, etc.). On rencontre dans la zone sahélienne beaucoup d'oiseaux (autruche, outarde, pintade, ganga, serpentaire, vautours, canards, quelea- quelea), des reptiles (couleuvres, vipères heurtantes, cobras, pythons, varans, tortues aquatiques, etc.) et insectes dont des ravageurs phytophages particulièrement dangereux pour les cultures comme les criquets migrateurs (Locusta migratoria dans le delta Central du Niger) et des criquets non migrateurs (Oedaleus, Aïlopus, Acrotylus, Pockilocerus).

2.2.1.3    La zone soudanienne

La zone soudanienne correspond aux écosystèmes de savane. La pluviométrie varie de 600 mm à plus de 1.100 mm. La saison pluvieuse est longue de 3 à 5 mois dans le Nord, et 5 à 7 mois dans le Sud. L’hydrographie est dominée par les fleuves Niger et Sénégal et leurs affluents notamment le Bani, le Bakoye, la Falémé, le Baoulé, le Karakoro, la Kolimbiné et le Térékolé.

La zone soudanienne comprend les régions naturelles du Plateau Mandingue, du Plateau de Koutiala  et la Falémé (Cf. Tableau 4).

Tableau 4  : Caractéristiques de la zone soudanienne

Régions naturelles

Pluviométrie

Zones agro-écologiques

Dénominations

Superficies (km2)

Plateau Mandingue

550 mm  

à

1400 mm 

Tambaoura

Bambouk

Gangaran

Monts Mandingues

Wenia

Bélédougou

Fouladougou

 7 330

 6 920

20 730

 4 300

20 690

26 020

   7 850

Total = 93 840

Plateau

De Koutiala

650 mm

à

1300 mm

Kénédougou PK1

Moyen Bani oriental PK2

Moyen Bani occidental PK3

Falo  PK4

11 775

13 340    

15 750             

16 700

Total =  57 565

Falémé

750 mm 

à

1400 mm 

Falémé-Nord

Falémé-sud

      2 910

      3 020

    Total = 5 930

Source PIRT

Vers l’Est se trouve la région naturelle du Plateau de Koutiala, qui est constitué essentiellement de grès siliceux. Il a été le siège d’une série d’accidents tectoniques généralement locaux (décrochements, fractures, diaclasses, etc.). Les grès s’altèrent facilement; ils sont friables ; d’où l’absence de falaises. La physionomie de la région est marquée par une succession de surfaces sommitales plates séparées par des versants glacis, des glacis d’accumulation et des vallées alluviales.

Au centre  se situe le Plateau Madingue qui est constitué d'un ensemble de surfaces aplanies, de buttes, de collines formées de grès et de dolérite reposant sur le socle granitique et schisteux du Précambrien inférieur et moyen. Sa configuration accidentée est due aux importants soulèvements régionaux et aux mouvements locaux du Secondaire et du Tertiaire.

A l’Ouest se trouve la plaine de la Falémé qui repose sur le socle birrimien formé de schistes, quartzites, gneiss et granite. Le relief est formé de collines, buttes et glacis de faible pente. L'altitude moyenne est d'environ 200 m. 

Végétation

La zone soudanienne est le domaine de la savane où les formations herbeuses comportent une strate herbacée continue, et des plantes ligneuses. Le développement du tapis herbacé s’accroît avec le gradient pluviométrique nord/sud et parallèlement les arbres sont de plus en plus grands. Le tapis herbacé de la savane est dominé par les graminées annuelles et pérennes. La phytomasse herbacée atteint en moyenne 2 000 à 3 000 kg de M.S./ha/an en fonction des conditions édaphiques et de l’importance du recouvrement ligneux.

La végétation de la Falémé est ouverte dans le nord de la région alors qu'elle est relativement dense dans le Sud où elle forme une savane arborée à boisée composée de Pterocarpus erinaceus, Oxythenanthera abyssinica et Diheteropogon erinaceus et Diheteropogon hagerupii.

Sur les terrains rocheux du Tambaoura, on trouve une savane arbustive à arborée avec Combretum glutinosum et Terminalia macroptera. Sur les terrains cuirassés on rencontre des fourrés à Combretum glutinosum, C. micranthum, Pterocarpus lucens avec des plages à Andropogon pseudapricus et Loudetia togoensis. Dans les plaines, on rencontre des savanes arborées à boisées dominées par Vitellaria paradoxa et Parkia biglobosa, Andropogon gayanus et Andropogon pseudapricus. Dans les fentes ou crevasses de la roche s'installent des espèces ligneuses comme Euphorbia sudanica, Adenium obesum (le petit baobab de la brousse), Sarcostema viminale, Cissus quadrangularis, Senecio cliffordianus, etc. Dans les lieux humides et ombragés se développent des espèces hygrophiles et sciaphiles : Clerodendron capitatum, Wissadula amplissima, Begonia chevalieri, Adianthum lunulatum, Selaginella versicolor, etc. Dans les ravins et couloirs rocheux où règne un microclimat moins chaud et plus humide, on rencontre une végétation dense à Cola laurifotia, Maba lancea, Diospyros mespiliformis, Hypocratea parvifolia, Spondias monbin, Pachystela brevipes, Erythrophleum emarginatum, E. guineense, Guibourtia copalifera, Gilletiodendron glandulosum, Antianis africana.

A côté de ces espèces typiquement soudaniennes, on retrouve des espèces de la flore résiduelle guinéenne : Guibourtia copalifera, Antiaris africana, Pouzolzia guineensis, Dialium guineense, etc ; des espèces de la flore relique du Tertiaire : Gyrocarpus americanus, Spondias monbin, représentant l'ancienne flore commune à l'Afrique et à l'Amérique tropicale.

Dans le Plateau Mandingue, on trouve des espèces endémiques comme Euphorbia sudanica, Vepris heterophylla appelé aussi le quinquéliba de Kita, une rutacée utilisée en médecine traditionnelle qui pousse en abondance sur les collines de Kita. Quelques individus de Gilletiodendron glandulosum, (une césalpiniacée paléoendémique du Plateau Mandingue dont l'aire autrefois étendue s'est considérablement réduite sous les effets surtout des feux de brousse) existeraient également sur les collines vers Siby. L'espèce rivée aux rochers peuple quelques ravins et crêtes rocheuses de la région de Kita, Toukoto, Kéniéba.

Les forêts situées à proximité de la ville de Ségou (Fabougou, Faïra, Fanzana) subissent la pression anthropique par suite de la forte densité des populations. De même, certaines forêts du Cercle de Baraouéli commencent à être occupées sur leurs bordures, dans les zones favorables aux cultures (forêt classée de Dioforongo).

Plusieurs forêts, notamment celles du Cercle de Sikasso ont bénéficié d’une gestion par le PAFOMA (ex Projet Forestier de la Région de Sikasso). Elles sont menacées par la pression agricole très élevée à excessive dans toute la région. Depuis la fin de ce projet, aucune activité d'envergure n'est menée dans ces forêts. Leur situation est redevenue préoccupante.

La savane soudanienne, grâce à sa végétation plus développée et à ses ressources en eau relativement abondantes, offre à la faune sauvage des habitats divers. La faune est relativement riche et variée. On y rencontre :

  • les grands mammifères des savanes africaines : hippotrague, Guib harnaché, redunca, ourebi, phacochère, cobe de buffon, lion, hyène rayée, chacal, civette ; des mammifères aquatiques (Hippopotame, lamantin) ;
  • des rongeurs  : Porc-épic, lièvre, écureuil fouisseur, rat de Gambie) ;
  • des primates (babouin, singe rouge, singe vert) ;
  • des oiseaux : (cigogne, pintade, francolin, tourterelles, outardes, tisserins, etc.) ;
  • des reptiles terrestres (vipère, couleuvre, cobra, python, varans, etc.); et aquatiques (crocodiles, tortues). 

Dans la zone soudanienne, il existe plusieurs insectes nuisibles aux hommes, aux animaux et aux végétaux : simulies (vecteur de l’onchocercose) ; mouches tsé-tsé ( vecteur de la trypanosomiase), les ravageurs de culture : criquet puant (Zonocerus) ; moucheron du sorgho ; méloïdes ;  cétoïnes ;  papillons ( les chenilles phytophages attaquant les arbres fruitiers) et plusieurs hémiptères, ravageurs des malvacées dont le cotonnier : Aphis gossypii, Lygus vosseleri, Disdercus spp.

La zone guinéenne

La zone guinéenne, avec une pluviométrie moyenne annuelle de 1100 mm, la plus humide du pays, correspond à des écosystèmes de forêts claires. La saison pluvieuse, qui dure de 5 à 7 mois, est caractérisée par des pluies torrentielles, facteurs d’érosion, plus ou moins bien réparties en année normale. L’hydrographie est dominée par les systèmes des fleuves Niger et Sénégal complétés par de nombreuses rivières plus ou moins permanentes.

La zone guinéenne comprend la région naturelle du Haut-Bani-Niger et la partie sud du Plateau Mandingue (cf. Tableau 5 )

Tableau 5 : Caractéristiques de la zone guinéenne

Régions naturelles

Pluviométrie

Zones agro-écologiques

Dénominations

Superficies (km2)

Haut Bani Niger

1000mm 

à

1400 mm 

Haut Bani Niger Occidental

Djitoumou

Ganadougou

Haut Bagoé

25 310             

2 850

7 420

18 085

       Total = 53 665

Plateau Mandingue

1 100 

à

1400 mm 

Tambaoura

Bambouk

Monts Mandingues

 7 330

6 920

4 300

     Total = 18 550

Source: PIRT (1986)

Le Haut Bani Niger limité au nord-ouest par le Plateau Mandingue, au nord-est par celui de Koutiala et au sud par le Plateau de Foniokoulou se prolonge en Guinée. C'est une zone birrimienne avec schistes, micaschistes, gneiss et granites. C'est une région très arrosée et les sols sont d'origine colluviale et alluviale.

Le Plateau Mandingue situé entre la Falémé et le Haut Bani Niger est un ensemble de surfaces d'aplanissement, de buttes et de collines gréseuses. L'ensemble repose sur le socle granitique et schisteux du Précambrien. Les sols sont d'origine alluviale et colluvio-alluviale.  

Végétation

Les conditions d’ensemble favorables de cette zone ont permis le développement d’une végétation abondante constituée de mosaïques de savanes boisées et de forêts claires. Le couvert ligneux recouvre 40 à 90 % du sol. Les vallées présentent des galeries forestières qui constituent  des bandes de végétation dense et continue.

Vers l’Est de la zone, on rencontre deux grands types de formations végétales : l’un sur terrains cuirassés et l’autre sur terres sablo-limoneuses. Sur les terrains cuirassés à sol peu profond à moyennement profond, on trouve des formations arbustives dominées par Isoberlinia doka, Vitellaria paradoxa, Detarium microcarpum, Combretum glutinosum, Lannea microcarpa, Parinari curatellifolia avec un couvert graminéen dominé par Andropogon gayanus. Dans les plaines sablo-limoneuses à limoneuses, on rencontre Vitellaria paradoxa, Parkia biglobosa, Annona senegalensis, Daniellia oliveri, Andropogon gayanus, Imperata cylindrica et Andropogon pseudapricus.

La forêt de Kangaba située dans un système de collines plus ou moins cuirassées, parait peu touchée par l'agriculture. Dans les forêts du cercle de Kolondiéba qui sont de classement récent (1985,1986) : Fatou, Kobani, Saman, Sokourani, la végétation est abondamment développée, en raison des faibles activités liées aux grandes endémies (onchocercose, trypanosomose) qui ont sévi dans la région. Elles devraient être en bon état de conservation. Il en est de même des forêts du cercle de Yanfolila : Diangoumérila, Sorondian, Kalana et Djinétoumania.

Faune

Les espèces animales sont abondantes (Hippopotame, Cob de Buffon, redunca, Guib harnaché, Ourébi, Céphalophe de  Grimm, Céphalophe à flancs roux, Phacochère, Porc-épic, Mangouste, Aulacode, Python, Varan, Babouin, Singe vert, Singe rouge, Civette, Athérure, Pintade, Francolin, Tauraco, pigeons/tourterelles, Psittacidae, Cobra, Mamba vert, Ecureuil fouisseur, Epomorphe de Gambie, Chouette, Daman de rocher, Milan noir, Petit calao, Meropidae, Cucculidae, Hiboux), rares (Hippotrague, Lion, Grand Calao, Crocodile, Chacal commun, Oryctérope, Galago du Sénégal, Ratel, Vautour, Tortue terrestre, Tortue d'eau), menacées (Cob Défassa, Potamochère, Faucon pèlerin, Grand duc, Aigle pêcheur), et en voie d’extinction (Lycaon, Bubale, Pangolin géant, Léopard, Lamantin, Buffle, etc.).

C’est la zone des insectes vecteurs de maladies humaines et animales (mouche tsé-tsé et simulies). Les grands mammifères ont disparu ou sont en voie d'extinction. Les petits animaux sont encore abondants, ce qui contribue à entretenir le braconnage très développé dans la région du Wassoulou.

C'est dans cette région que situe la réserve de Bafing-Makana (Encadré 3)

Encadré 3 : UNE ZONE A POTENTIEL EXCEPTIONNEL : LE BAFING – MAKANA

La réserve du Bafing Makana, d’une superficie de 159 000 ha, a été classée en avril 1990. Elle se caractérise  par des chaînes de collines, des collines isolées et des plateaux latéritiques. Les collines sont séparées par des vallées et des plaines. Les sols  sont rocailleux (collines), latéritiques (plateaux), limoneux et argilo-sableux (plaines et dépressions). En plus du Bafing, qui constitue sa limite naturelle à l'Est, la réserve ne renferme nombreuses rivières et mares de faible étendue où s’abreuve la faune.

Sur les plateaux, on rencontre une savane herbeuse et arbustive le long du fleuve et autour des  mares une galerie forestière. Les plaines et les ravins sont le domaine de la savane arborée. Cette végétation représente la dernière savane arborée  soudanienne qui soit relativement intacte au Mali. Elle abrite cinq primates (Chimpanzés, Galagos, Patas, Babouins, Singes verts), des antilopes (rouans, cob Defassa) et des lions. Mais la spécificité de cette zone  est  qu'elle est  le point le plus septentrional de distribution de l’Eland de Derby ainsi que des chimpanzés, deux espèces qui sont sur le point de disparaître au niveau international.

 

2.2.1.5    Le Delta Central du Niger

La région naturelle Delta central du Niger est une vaste étendue couvrant près de 64 000 Km2. De Tombouctou à Léré, la Région du Delta repose sur la formation Irma-Ibouban (pelitique, schiste et calcaire massif). On y observe une partie de la formation Hombori-Douentza (quartz, quartzites et gypse) et aussi la formation Oualo (affleurements de El Varech). Au-dessus de ces formations il y a les grès tendres argileux et  des  argilites sableuses du continental intercalaire au-dessus desquels affleurent les grès ferrugineux conglomératiques du Continental Terminal. Le reste du Delta est couvert par d'immenses couches d'alluvions quaternaires.

La région est drainée par le fleuve Niger, le Bani et le canal du Sahel.  Elle renferme de nombreux lacs (Korientzé, Débo, Niangay, Dô, Haribongo, Kabara, Tanda, Fati, Horo, Télé, Faguibine, etc.) et mares (Dangha, Soumpi, Takadji, etc.)

Le Delta comprend quatre zones agro-écologiques (Cf. Tableau 6) : le Delta vif constitué des plaines d'inondation du Niger et du Bani, le Delta mort comprenant les plaines  fossiles du Niger et du Bani, le Glacis Continental,  zone étalée en arc de cercle du Sud-Ouest au Nord-Est autour de la zone deltaïque et  la zone des lacs qui va du Delta au delà de l'Erg de Bara.

Tableau 6: Caractéristiques climatiques du Delta Central du Niger

Régions naturelles

Pluviométrie

Zones agro-écologiques

Dénominations

Superficies (km2)

Delta Central

250 mm 

à

800 mm 

Delta Vif

Moyen Bani Niger

Delta Mort Occidental

Zone lacustre

 19 000

 15 080

15 740

14 550

    Total =  643700

  Source: PIRT(1986)

Végétation

  • Le Delta Vif présente une grande originalité floristique. La végétation se présente sous forme étagée en fonction de la durée et de la hauteur de la submersion :
    • les plaines argileuses alluviales submergées 3 mois/an avec environ un mètre d'inondation portent une végétation herbacée avec Vetivera nigritana et souvent Andropogon qayanus ;
    • les plaines submergées 3-6 mois/an portent Echinochloa stagnina, Oryza longistaminata, Nymphea maculata, Pistia stratiotes ;
    • les cuvettes submergées plus de 6 mois/an sont occupées par la bourgouttière caractéristique du Delta avec O,7O à 1,5O m d'eau comportant les espèces : Echinochloa stagnina, Vossia cuspidata, Nymphea lotus, Pistia stratiotes.
    • les zones de battements des crues maximales présentent une végétation ligneuse dominée par Piliostigma reticulatum Diospyros mesphiliformis, Andira inermis, Acacia sieberiana, etc.
    • les zones exondées, les "toguerrés", portent differents types de végétation une savane arbustive.
  • Dans le Moyen Bani Niger les terres cultivées portent une strate ligneuse comportant Acacia albida, Acacia seyal, Pterocarpus lucens et un tapis herbacé comprenant Loudetia togoensis et Pennisetum pedicellatum.

  • Les terrains hydromorphes sont couverts avec Vetivera nigritana, Panicum anabaptistum Piliostigma reticulatum. Sur les levées alluviales le couvert herbacé présente Cenchrus biflorus et Andropogon gayanus.

  • Les plaines d'épandage du Delta Mort sont dominées par des formations végétales à Bombax, Schoenefeldia, Eragrostis tremula, Pterocarpus lucens, Combretum glutinosum, Andropogon pseudapricus et Loudetia togoensis. Ces plaines peuvent aussi porter Acacia senegal, Balanites aegyptiaca et Cenchrus biflorus. Les cordons dunaires de la zone Lacustre portent une steppe à Hyphaene thebaïca, Schoenefeldia gracilis, Aristida spp., Cenchrus biflorus, Tribilus terrestris.

  • Les terres inondées de la zone lacuste portent à Echinochloa stagnina et Vossia cuspidata ; sur les terres alluviales, il y a Balanites aegyptiaca, Acacia seyal, Schoenefeldia gracilis, Cenchrus biflorus et sur les cordons dunaires portent une steppe à Hyphaene thebaïca, Schoenefeldia gracilis, Aristida spp.Cenchrus biflorus.

Faune

Les espèces de faune sauvage sont :

  • abondantes : python, varan, naja, chacal commun, chat sauvage, ombrette, milan noir, oiseaux d'eau, aigrette, ibis, passériformes, cormoran, anhinga, anatidae;
  • rares : Hippopotame, Crocodile , Lion, Hyène, Loutre, Cob Defassa,  Hippotrague, Babouin, Singe rouge, Céphalophe de Grimm, Guib harnaché, Phacochère; Outarde, Cigogne d'Abdim;
  • menacées : Lamantin, Gazelle à front roux, Tortue terrestre, Aigle pêcheur, Pélican, Jabiru, Corbeau Pie, Serpentaire; Grue couronnée, Marabout, Faucon pèlerin, Vautours, et
  • en voie d’extinction : Damalisque, Gazelle, Dorcas, Fennec, Guépard.

La richesse du Delta en poissons parait très importante. Les plus importantes espèces et sous-espèces de poissons du Delta appartiennent aux genres Alestes, Synadontis, Hydrocyon, Tilapia, Labeo, Lates, Bagrus, Mormyrus, Citharinus, etc.

Le Delta Central du Niger qui rassemble un nombre exceptionnellement élevé d'espèces animales et de plantes aquatiques constitue une importante aire de diversité biologique (Encadré 4). C’est un refuge pour de nombreux oiseaux migrateurs, ce qui lui vaut l’implantation des trois sites RAMSAR (Walado-Debo dans le cercle de Youwarou, plaine de Seri dans le cercle de Ténenkou et le Horo dans le cercle de Goundam). Les oiseaux sont représentés par des centaines d'espèces et des milliers d'individus. Les espèces paléarctiques (eurasiennes) viennent y passer l'hiver et repartent en février dans l'hémisphère nord. Le Delta est aussi un lieu de rassemblement pour les espèces éthiopiennes qui s'y reproduisent entre deux migrations.

Encadré 4 : LE DELTA CENTRAL DU NIGER, MIROIR DE LA DIVERSITE BIOLOGIQUE AU MALI

Le Delta  du Niger est situé entre les 4è et 6è degrés Ouest et les 13è et 16è degrés Nord sur près de 64.000 km². Il présente une grande originalité floristique. On y distingue différentes formations  végétales dominées  en fonction de la durée et de la hauteur de la submersion par : Vetivera nigritana et Andropogon qayanus ; ou par Echinochloa stagnina, Oryza longistaminata, Nymphaea maculata, Pistia stratiotes ; ou par Echinochloa stagnina, Vossia cuspidata, Nymphea lotus, Pistia stratiotes ou par Piliostigma reticulatum, Diospyros mesphiliformis, Andira inermis, Acacia sieberiana dans les zones de battements des crues maximales.

Les bourgoutières qu’on retrouve dans les cuvettes, constituaient jadis le lieu privilégié de production animale grâce à leur potentiel fourrager (20 tonnes de MS/ha, CIPEA, 1990), mais aujourd'hui ce potentiel devient de plus en plus faible à cause des aléas climatiques (15 tonnes de MS/ha). Les "toguerrés" (parties exondées) portent soit une savane arbustive dominée par Acacia sieberiana, Diospyros mespiliformis, Acacia seyal, soit une savane arborée à Terminalia macroptera, soit une palmeraie à Hyphaene thebaica et Borassus aethiopium soit des acacières avec Acacia seyal, A. nilotica, A. raddiana (Hiernaux, 1982). On peut également citer Acacia kirkii, une espèce endémique de l'Afrique de l'Ouest qui sert de lieu de nidification et de dortoir pour beaucoup d’espèces d’oiseaux.

Le Delta est une zone de migration d’un grand nombre d’oiseaux paléarctiques et interafricains ainsi qu’une zone de vie de plusieurs oiseaux sédentaires. Il y existe environ 350 espèces d’oiseaux. Les oiseaux migrateurs paléarctiques commencent leur arrivée en août et restent dans la zone jusqu’en janvier. Les départs vers les zones de nidification en Europe commencent vers février et se terminent vers la mi-mai. Les migrateurs inter-africains profitent des saisons de pluies et de l’alimentation abondante associée à ces pluies et se reproduisent activement dans le Delta entre deux migrations. Les principales espèces migratrices sont : la sarcelle d’été, le pilet, le souchet et le frilicule. Les oiseaux migrateurs évoluent entre le Mali et 18 pays d’Europe. Les espèces éthiopiennes comprennent essentiellement  le Dendrocygne fauve, le Dendrocygne veuf, l’Oie de Gambie, l’Oie d’Égypte et le canard casqué. Dans le Delta, on rencontre également des oiseaux nomades, le travailleur à bec rouge (Quelea quelea) et le travailleur à tête rouge (Quelea erytropus).

Les deux sites Ramsar situés dans le Delta (le Walado-Débo de 103 100 ha et la plaine du Séri environ 40 000 ha) abritent une avifaune aquatique très nombreuse composée en grande partie d’oiseaux migrateurs

 

2.2.2 La diversité des espèces

Pour caractériser la diversité des espèces, on s'est limité dans le cadre de ce travail à la richesse floristique et à la richesse faunique.

2.2.2.1   Flore

La flore du Mali présente, comme on le constate, une grande variété  d'espèces liées aux variations des conditions écologiques à travers le pays. Il a été dénombré 1 739 espèces spontanées ligneuses réparties entre 687 genres provenant de 155 familles (Boudet et Lebrun, 1986). Selon ces auteurs, les trois familles les plus importantes numériquement sont les Poaceae, les Fabaceae et les Cyperaceae.

Huit espèces sont endémiques au Mali (Boudet et Lebrun, 1986). Ce sont Maerua de waillyi, Elatine fauquei, Pteleopsis habeensis, Hibiscus pseudohirtus, Acridocarpus monodii, Gilletiodendron glandulosum, Brachystelma medusanthemum, Pandanus raynalii.

La flore forestière du Mali a fait l’objet de travaux de la part de beaucoup de chercheurs arabes et européens. Ainsi Boudet et Lebrun (1986) ont fait l’historique de l’exploration botanique du Mali. Selon ces auteurs, certaines plantes cultivées ou spontanées entrant dans l’alimentation des populations de l’empire du Mali au XII ème siècle ont été rapportées par Ibn Fade Allah Al Omari de son séjour au Caire de 1343 à 1346. Il cite le sorgho, le riz, le blé, le haricot, le gombo, l’oignon, l’aubergine, l’ail, les choux.

L’ouvrage d’Ibn Batoutah concernant son voyage au Soudan réalisé en 1353-1354 mentionne « l’an li » (graines de Pennisetum americanum), la farine de palmier, le riz. Le médecin et explorateur anglais Mungo Park, qui descendit deux fois le Niger, rapporta en Europe des échantillons de karité et du néré. Il évoque dans un livre de souvenirs ces deux arbres remarquables du Soudan.

L’ouvrage de René Caillé, le second européen à pénétrer à Tombouctou après le major anglais Gordon Laing, a fait l’objet de nombreuses études dont celle de Jacques Félix intitulée «Contribution de René Caillé à l’ethnobotanique africaine» et celle de Monod, «René Caillé, Botaniste».

Concernant les plantes vasculaires, aujourd’hui plus de 100 collecteurs ont contribué à leur récolte ou à leur description au Mali. On peut citer parmi eux : Park, Caillé, Aubréville, Chevalier  et Raynal, Carrey, Lecard, Chudeau, Rogeon, De Canay, Robery, Jaeger, Diarra, Scaetta, Adjanohoun, Aké Assi, Guinko, Rosetti, Duong Huu Thoi. Ainsi, plus de 10 000 échantillons de plantes ont été récoltés au Mali et certains sont encore disponibles à l’IER.

Selon Warshall (1989), le Mali est probablement l'origine de certains riz flottants. Le riz africain Oryza glaberrima serait cultivé depuis au moins 1 500 ans avant notre ère dans le Delta Intérieur du fleuve Niger qui semblerait être le centre d’origine de l’espèce (Chevalier A). Des variétés de mil, sorgho et fonio résistantes à la sécheresse, aux maladies et aux insectes nuisibles existent encore à l’état semi-sauvage. La conclusion tirée par cet auteur est que "les ressources végétales du Mali sont une composante importante du développement économique et de la conservation de la diversité biologique". Malgré ces efforts, il faut reconnaître qu’il reste encore au Mali des zones botaniquement mal connues et que les collections ont été mal conservées et dispersées.

Pusieurs espèces ligneuses sont d’importance particulière au Mali :

Adansonia digitata L. Le Baobab, de la famille des Bombacaceae,  "Sira" en Bamanan est caractérisé par sa silhouette énorme. Il comporte deux variétés qui se distinguent par leurs fruits et éventuellement deux autres qui se distinguent de par la couleur du tronc (brun ou noir).

Vittelaria paradoxa  : Le karité ou "Shii" en Bamanan, l’une des rares plantes oléagineuses naturelles de la région appartient à la famille des Sapotaceae. Le Karité se rencontre dans les zones guinéenne et soudanienne. Il est caractéristique des paysages champêtres. La récolte du fruit débute en février et se poursuit jusqu'en novembre, en fonction du site et probablement de certains caractères génétiques.

Parkia biglobosa Jacq (Benth) : Le Nèrè, de la sous-famille des Minosoïdeae est un arbre de taille moyenne, aisément remarquable à ses belles inflorescences en boules rouges suspendues à l'extrémité de longs pédoncules et à ses grappes de longues gousses. L'espèce prospère mieux dans les champs que dans les jachères anciennes.

Tamarindus indica L. : Le tamarinier, "n'tomi" en Bamanan est de la sous-famille des Cesalpinioïdeae. Grand arbre, il prospère dans les jachères des zones semi-arides (à partir de 400 mm de précipitations annuelles) jusqu'aux stations de 1 500 mm au sud du Mali. Un programme d’amélioration de l’espèce est en cours au Programme Ressources forestières à l’IER.

Lannea microcarpa Eng K Krouse : De la famille des Anacardiaceae, c'est un arbre de 16 m de haut, pour 50 cm de diamètre.

Sclerocarya birrea Hochst) Aubr. : Le "n’gouna", est une Anacardiaceae à feuilles caduques qui peut atteindre 15 m de haut, se développant sur des sites à sols sableux, pierreux et sur des croûtes latéritiques, parfois en peuplements purs. Son aire de répartition au Mali a été cartographiée (Ouattara, 1997).

Balanites aegyptiaca (L.) Del# : Le dattier sauvage, appartient à la famille des Zygophyllaceae.  Il se développe sur tous les types de sol, en particulier sur les terrains argilo-siliceux des bordures des mares et dans les anciennes vallées sahariennes. Le datier progresse actuellement dans la zone soudanienne à la faveur de l’augmentation des superficies cultivées et de la pression pastorale.

Ziziphus mauritiana Lam. : Le jujubier dénommé "n'tomono" en bamanan, appartient à la famille des Rhamnaceae, et se présente sous forme d’arbuste buissonnant.

Pterocarpus erinaceus  : Le "Guénou" en Bamanan, appartient à la famille des Fabaceae. Il pousse sur des sols peu épais, sur fond gravillonnaire, au pied des talus et sur les pentes, soit à l’état isolé, soit par tâches, soit en peuplements purs dans les savanes soudaniennes. L’arbre fournit un des plus beaux bois d’ébénisterie, dur, lourd, à cœur bien différencié, rouge brun ou rose rouge violacé dans la zone soudano-guinéenne et soudanienne, appelé commercialement palissandre du Sénégal.

Borassus aethiopum. Mart. : Le rônier, appelé "Sébé" en Bamanan appartient à la famille des palmiers. Le tronc, les feuilles, les fruits de cet arbre sont économiquement utiles.

Hyphaene thebaica. Mart. : Le palmier doum appelé ‘’Ximini’’ en Bamanan est une espèce qui se caractérise par un stipe annelé, à ramification presque toujours dichotomique. L’espèce vient sur les levées du fleuve Niger et du Bani. Il a les mêmes usages que le ronier.

Saba senegalensis : De nom  Bamanan ‘’Zaba’’, le Saba senegalensis est une apocynaceae, fréquent dans le secteur soudano-guinéen, les galeries forestières et sur les rebords fracturés des bowés. C’est une liane qui garde un port buissonnant, lorsque les conditions écologiques sont marginales. Sa dissémination est assurée par les hommes, et surtout les singes. Les fruits sont des baies à pulpe acidulée agréable.

Pterocarpus lucens : L’espèce appartient à la famille des Fabaceae. Elle vient souvent en peuplement pur buissonnant sur des collines, des sols pierreux, gravillonnaires ou latéritiques des zones sahélienne et soudanienne. Les feuilles sont très appréciées comme fourrage. L’émondage de Pterocarpus lucens après la saison des pluies prolonge la période de feuillaison, entraînant une augmentation de production de fourrage vert en saison sèche au moment où le tapis herbacé est à l’état de paille sèche. Actuellement, il y a des essais de plantation de Pterocarpus lucens dans les jachères en vue de l’amélioration de leur production fourragère.

Acacia albida : ‘’Balanzan’’ en Bamanan ; l’Acacia albida est un arbre qui peut constituer des peuplements purs clairsemés autour des villages ou des cultures dans les vallées du Niger et du Bani. C’est une légumineuse perdant ses feuilles en saison des pluies. Il possède un pouvoir fertilisant lié à sa capacité de fixation de l'azote et surtout aux déjections des animaux qui se reposent sous ses cimes pendant la saison sèche. Les cultures de mil ou d’arachides ont un rendement amélioré en association avec cette espèce.

Acacia senegal  : Le gommier, appartient à la famille des légumineuses. Il vient sur des sols sableux et limono-sableux des régions sahélienne et soudano-sahélienne. La gomme arabique constitue un produit d'exportation de grande importance pour le pays.

Vepris heterophylla : Le kinkéliba de Kita, appartient à la famille Rutaceae. Il est localisé dans le massif gréseux des Monts Mandingues (Kita) dans les endroits abrités des feux de brousse. L’espèce fait l’objet de domestication par le Programme Ressources forestières. C'est une espèce médicinale de première importance notamment dans les soins contre le paludisme.

Combretum micranthum : L’espèce appartient à la famille des Combretaceae. Elle vient comme un arbuste très fréquent dans toute la zone soudano-sahélienne où elle peut  constituer des fourrés épais sur les grès, les argiles, les latérites et les roches cristallines. La carte de répartition de l’espèce au Mali a été établie. Les travaux sur sa domestication sont en cours au Programme Ressources Forestières (Ouattara, 1997). Grâce à sa forte capacité de régénération, cette espèce est un bois de chauffage.

Crossopterix febrifuga (Afzel. Ex. G. Don) Benth. : L’espèce appartient à la famille des Rubiaceae. Elle se rencontre sur des sites rocheux ; argilo-sablonneux, en zones arides et dans les dépressions inondées en saison des pluies, etc. Son aire de répartition au Mali a été cartographiée. Les travaux relatifs à sa domestication sont en cours au Programme Ressources Forestières.

Acacia nilotica var. et tomentosa (Benth.) A.F. Hill. appartient à la sous  famille des Mimosoïdeae. Elle se développe souvent en peuplement monospécifique dense et fermé sur les berges alluviales du fleuve et dans certaines mares submergées pendant trois à quatre mois par an. Acacia nilotica est actuellement en prévulgarisation sous forme de haies vives défensives dans les exploitations agricoles de la région de Ségou.

Bombax costatum Pelleger et Vuillet : Le kapokier à fleurs rouges, "boumbou" en Bamanan, appartient à la famille des Bombacaceae. C’est une des espèces caractéristiques du domaine soudanien. On le trouve disséminé ou souvent en petits bosquets ou en peuplement dense dans la savane boisée.

2.2.2.2 Faune sauvage

La faune au Mali est caractérisée par la diversité des espèces et le nombre réduit des effectifs (Sanogho, 1991). En l’occurrence, on rencontre toute la gamme des mammifères sauvages, des oiseaux et des reptiles de la savane et de la steppe sahélienne.

Les statistiques en matière de gestion de la faune n'ont pas fait l'objet de grands travaux d'inventaire pouvant aboutir à l'interprétation de résultats fiables.

Les mammifères

Les mammifères recensés sont au nombre de 136 espèces (UICN, 1989). La faune du pays se trouve actuellement en régression voire en extinction pour des espèces telles que le Damalisque (Damaliscus korrigum), l’Eland de Derby (Taurotragus derbianus), la Girafe (Giraffa camelopardalis reticulata), la Gazelle Dama (Gazella dammah), l'Oryx (Oryx algazella), l'Addax (Addax nasomaculatus), le Mouflon à manchettes (Acinonyx lervia), l'Hippopotame Nain (Choeropsis liberiensis), le Guépard (Acinonyx jubatus), le Lycaon (Lycaon pictus), le lamantin (Trichechus senegalensis) le Pangolin (Manis Spp), l'orycterope (Orycteropus afer), le lion, l’éléphant, le chimpanzé, le chacal, l’hyène tachetée, le guib.

Certains de ces mammifères sont d’une importance particulière au Mali :

Damaliscus lunatus korrigum (Damalisque) : L’aire de répartition du Damalisque s’étendait jadis du Sénégal au Soudan Occidental. La population malienne était très grégaire avec des grands troupeaux qui broutaient les graminées des plaines inondées du Delta Central du Niger.

Le damalisque pouvait aussi subsister avec des graminées sèches de la partie sud du Sahel. C’est un animal exclusivement brouteur. Il a maintenant disparu du Mali à cause de la concurrence avec des bovins et du braconnage.

Addax nasomaculatus (Addax) : Ils étaient autrefois répandus à travers tout le Sahara. Ils sont  maintenant sur le point de disparaître à cause du braconnage. L’Addax est une grande antilope parfaitement adaptée au désert. Les addax se déplacent en troupeaux, suivant les pluies irrégulières et dispersées. On croit qu’ils ont un sens spécial qui leur permet de situer les rares éruptions de graminées et les pâturages éphémères.

Taurotragus derbianus (Eland de Derby) : Le Mali et le Sénégal recèlent les dernières populations de la plus grande antilope en Afrique de l’Ouest : l’Eland de Derby. Il est en grave danger d’extinction à cause de la chasse, de la peste bovine et de la sécheresse récente. Il a disparu du complexe de la Boucle du Baoulé, mais on a vu récemment une petite population près du barrage de Manantali et d’autres petits groupes pourraient exister vers la Vallée de la Falémé.

Gazella dammah (Gazelle dama) : La plus grande de toutes les gazelles, la gazelle dama faisait jadis de grandes migrations dans les zones arides et semi-arides semblables à la transhumance des éleveurs. Elle broute surtout des arbustes et des acacias et se trouve donc en concurrence avec les chèvres et les chameaux. Autrefois très répandue, elle est en voie de disparaître. Le Mali fut considéré comme un des trois pays contenant des populations viables, mais la chasse abusive, la sécheresse et les chèvres peuvent avoir poussé la gazelle dama jusqu’au bord de l’extinction. Quelques individus résistent encore dans le Gourma.

Pan troglodytes versa (Chimpanzé de l’Afrique de l’Ouest) : Le Mali est l'habitat le plus septentrional de cette espèce. La population actuelle ne dépasse guère 1000 chimpanzés. Elle fait l'objet de braconnage près de la frontière guinéenne. L’inondation des forêts ripicoles du Bafing suite à la mise en eau du barrage de Manantali a réduit leur habitat.

Les oiseaux

Au moins 640 espèces d’oiseaux sont connues au Mali, dont 15 sont considérées comme rares. Certaines d’entre elles présentent des intérêts particuliers à cause de leur valeur protéinique, scientifique, esthétique ou touristique.

De nombreuses études effectuées dans le Delta ont mis en évidence d'importantes populations d'oiseaux. Les principales espèces migratrices sont : la sarcelle d'été (Anas quesquedula), le Pilet (Anas acuta), le Souchet (Anas clypeata) et le Filicule nyroca (Aythya nyroca). La reprise d’oiseaux bagués dans le Delta a permis de constater que ces migrateurs évoluent entre le Mali et plus de 18 pays d'Europe, d’Afrique et d’Asie.

Les espèces éthiopiennes relativement moins nombreuses que les paléarctiques comprennent principalement le Dendrocygne fauve (Dendrocygna bicolor), le Dendrocygne veuf (Dendrocygna viduata), l'oie de Gambie (Pletopterus gambiensi), l'oie d'Egypte (Alopochen aegyptiaca) et le canard casqué (Sarkidiornis melanotos).

En plus des espèces migratrices (paléarctiques et afro-tropicales), certains oiseaux sont nomades et se déplacent irrégulièrement à travers le continent. C'est le cas du travailleur à bec rouge (Quelea quelea) et du travailleur à tête rouge (Quelea erytropus).

L’autruche (Struthio camelus) est de plus en plus rare. Elle est chassée pour les œufs vendus (plus de mille œufs sont vendus chaque année aux touristes) et utilisés comme décorations des foyers, des mosquées, ou comme cadeaux de mariage. Sa peau, exploitée dans l’artisanat des chaussures, fait l’objet de commerce international illicite. L’autruche est pourtant officiellement protégée au Mali.

L’ichtyofaune

Daget (1954) dans son ouvrage « Systématique et Bio-écologie des Poissons du Niger Supérieur » a dénombré 143 espèces appartenant à 67 genres et 26 familles. L’ichtyofaune du fleuve Niger est commune à d’autres systèmes fluviaux de la zone sahélo-soudanienne. Les espèces endémiques du Nil (26) et du Niger (24) ont des liens de parenté étroits, indiquant ainsi l’existence probable d’ancêtres communs et l’existence de connexions anciennes entre les bassins, peut-être au Mio-Pliocène d’après Howell et Bourlière (1963).

Les espèces inventoriées de la faune ichtyologique du Niger appartiennent toutes à la classe des ostéichthyens, poissons à squelette osseux (Tableau 7). Trois sous-classes d’importance différente sont présentes dans la faune du Niger :

  • Les Dipneustes qui sont représentés par une seule espèce appartenant à l’unique famille africaine des Protopteridae ;
  • Les Néoptérygiens qui ne comprennent plus qu’une seule famille vivante : les Polypteridae, fossiles vivants, représentés dans le Niger par quatre espèces appartenant au genre d’eau douce Polypterus. Cette famille est endémique en Afrique ;
  • Les Actinoptérygiens qui regroupent l’ensemble des 27 familles restantes dont plus de la moitié (16) n’est constituée que d’un genre avec une espèce unique.

Tableau 7 : Diversité de la faune ichtyologique du bassin sahélo-soudanien du Niger

Sous /Classe

Ordre

Sous/Ordre

Famille

Nombre Genres

Nombre

D’espèces

Dipneustes

   

Protopteridae

1

1

Neopterygiens

Polypteriformes

 

Polypteridae

1

4

ActinoImage removed.pterigiens

Osteoglossiformes

Clupeiformes

Gonorhynchiformes

Characiformes

Cypriniformes

Siluriformes

Cyprinodontiformes

Perciformes

Beryciformes

Gonorhynchiformes

Synbranchiformes

Tetraodontiformes

Osteoglossidei

Notopteroidei

Clupeoidei

Denticipitoidei

Knerioidei

Characoidei

Ciprinoidei

Siluroidei

Labroidei

Percoidei

Anabantoidei

Gobioidei

Chanoidei

Tetraodontoidei

Osteoglossidae

Notopteridae

Mormyridae

Gymnarchidae

Clupeidae

Denticipitidae

Cromeriidae

Characidae

Hepsidae

Citharinidae

Distichodontidae

Cyprinidae

Clariidae

Schilbeidae

Ariidae

Bagridae

Amphiliidae

Mochokidae

Malapteruridae

Cyprinodontidae

Cichlidae

Centropomidae

Anabantidae

Eleotridae

Channidae

Mastacembelidae

Tetrodontidae

1

1

6

1

1

1

1

4

1

6

1

5

2

4

1

4

1

5

1

3

7

1

1

1

1

1

1

1

1

18

1

1

1

1

12

1

12

3

23

4

4

1

10

1

18

1

8

10

1

1

1

1

1

1

Source: Daget, 1984

Les dix espèces de poissons ci-dessous décrites sont des espèces endémiques, rares, ou sensibles aux variations environnementales (Lévêque et al. 1990, 1992).

Polypterus annectens annectens (Owen, 1839) : "sajégué" en bamanan, son corps est allongé, plus ou moins cylindrique, s’effilant vers l’arrière. On le trouve souvent dans les mares temporaires où, dès l’assèchement, il s’enfonce dans la terre humide et sécrète un mucus qui l'entoure d’un cocon dans lequel il peut subsister jusqu’à la prochaine remise en eau.

Polypterus endlicheri endlicheri (Heckel, 1849) : "sajégué" en bamanan, espèce endémique au Delta, le corps de ce poisson est plus ou moins déprimé et non subcylindrique comme celui de la plupart des polyptères. Comme la précédente espèce, les polyptères sont des carnassiers qui se nourrissent de vers, de larves d’insectes et de petits poissons.

Gymnarchus niloticus : "sôdjégué" en bamanan, au corps très allongé, anguilliforme, recouvert d’écailles très petites. Cette espèce est inféodée à la végétation de la plaine inondée pour sa reproduction.

Hepsetus odoe (Bloch, 1794) : "zangalan" en bamanan, seule représentant de la famille des Hepsetidae, isolée en 1966 de celle des Characidae. Les nageoires sont rosâtres ou grisâtres. C’est le poisson le plus long du Niger. Il mesure 510 mm de LT.

Pollimyrus petricolus (Daget, 1954) : "nana" en bamanan, le corps de ce poisson est relativement allongé pour un pollimyrus. Les individus du Niger moyen sont beaucoup plus clairs et ont le corps parsemé de petits mélanophores.

Malapterus electricus (Gmelin, 1789) : "n’tigui" en bamanan, siluriforme dont les représentants possèdent un organe électrique. Les décharges produites par les individus sont violentes (350-450 volts) mais très brèves, qui diminuent rapidement d’intensité.

Tetraodon lineatus (Linné, 1758) : "dodo" en bamanan, le corps est trapu. L’animal adulte vivant est jaune vif, avec en général sept raies longitudinales noires sur les côtés du corps et le pédoncule caudal. Le ventre est blanc.

Synodontis resupinatus (Boulanger, 1904) : "konkon" en bamanan, les poissons de cette espèce possèdent des barbillons maxillaires plus longs que la tête, qui portent extérieurement des ramifications courtes et tuberculées et possèdent une large membrane s’étendant sur toute la partie basilaire. La coloration du corps est gris-brunâtre, les régions ventrales étant plus sombres.

Synodontis gobroni (Daget, 1954) : "konkon" en Bamanan, les barbillons maxillaires, plus courts que la tête, n’ont ni tubercules, ni ramifications et ne sont pas membraneux. Les individus vivants sont jaunes ou jaunes olivâtres sur le dos et les flancs, plus clair sur le ventre. De nombreuses grosses tâches noires existent sur le corps et l’adipeuse.

Arius gigas (Boulanger, 1911) : "soumè" en bamanan, les mâles du genre Arius pratiquent l’incubation buccale. Leur corps est allongé et arrondi, leur tête est large et légèrement aplatie sur le dessus, le museau est arrondi (légèrement pointu chez les jeunes) et la bouche est infère.

2.2.3 Ressources génétiques en agro-biodiversité

La production agricole a recours à des espèces animales domestiques et des plantes cultivées au sein desquelles ont été créées de nombreuses races et variétés dotées de caractéristiques uniques. Elles constituent notre patrimoine de ressources génétiques.

Le Mali est le berceau de races d’animaux domestiques qui ont pu développer ou présentent un potentiel pour la tolérance à plusieurs maladies et pour l’adaptation aux conditions climatiques arides. Le Mali est, par ailleurs, un centre important de  domestication de nombreuses espèces de plantes cultivées pour lesquelles il existe une multitude d’écotypes locaux et de parents. Il s’agit, entre autres, du riz, du mil, du sorgho, du niébé et du voandzou.

2.2.3.1 Ressources génétiques animales

*  Les bovins

D’après Doutressoule (1947), Mason (1951) et Steward et al (1956) le cheptel bovin du Mali est composé principalement de deux espèces : le bovin sans bosse, appelé Taurin (Bos taurus) et le bovin avec bosse ou zébu (Bos indicus). L’accouplement de ces deux espèces donne naissance à des produits dépourvus de bosse et indéfiniment féconds entre eux et avec leur souche et qui se comportent par conséquent plus comme des métis que comme des hybrides. L’habitat de ces deux espèces était nettement différencié du 14° parallèle à la limite Sud de la zone sahélienne. Au Nord on trouvait les zébus, au Sud les taurins. Sur une zone d’environ 100 km à cheval sur cette ligne, les deux populations se sont plus ou moins mélangées. Maintenant avec le progrès de la médecine vétérinaire et de la chimio-prévention antitrypanosomienne, le zébu descend jusque dans les régions humides et la zone d’interférence s’est élargie sinon que la ligne a presque disparu.

Les zébus

Les zébus furent introduits en Afrique de l’Ouest après les taurins par les peuls venus de l’Est et supplantèrent peu à peu la première espèce de bovin (Mason 1951). Au Mali, on rencontre deux types de zébus : le type arabe à cornes courtes et le type peul à cornes longues.

Le zébu arabe

Les zébus arabes qui occupent la zone sahélienne se caractérisent par leurs cornes courtes. Dans ce groupe, on distingue : une variété maure, une variété touareg et une variété dite de l’Azaouak :

  • Le zébu Maure : Le zébu maure est un grand marcheur et un excellent porteur. La vache est considérée comme une bonne laitière du pays. En élevage extensif, elle donne de 800 à 1000 l de lait à 4,5 % de matière grasse en 240 jours. On le retrouve,tout au long de la frontière avec la Mauritanie, dans la Boucle du Niger, dans le cercle de Goundam et dans le delta.
  • Le  zébu Touareg: Ce zébu est rencontré dans la Boucle du Niger, au Nord du Delta Central du Niger (Niafunké, Goundam) et sur le Plateau Central Nigérien. Le bœuf est utilisé comme porteur et son aptitude bouchère est très développée.
  • Le zébu Azaouak : Cette race tire son nom de la vallée de l’Azaouak, son berceau. Au Mali, la zone privilégiée de la race est la partie Est de la 7e région en particulier les cercles d’Ansongo et de Ménaka.  Le zébu Azaouak est considéré comme la meilleure race laitière de l’Ouest africain. Dans des conditions améliorées d‘élevage, la production journalière moyenne peut atteindre 7 - 8 litres et même 12 litres en station. La qualité bouchère aussi est très bonne. Douce et docile, la race possède des aptitudes au travail et au portage. Les semences de cette race sont conservées au Centre International pour le Développement de l’Elevage en zone sub-humide (CIRDES) de Bobo – Dioulasso.

Le zébu peul

Le zébu peul à grandes cornes comporte des variétés soudanaise, nigérienne et sénégalaise. Au Mali, l’aire géographique du zébu peul correspondait à l’habitat des populations peuls qui l’élèvent. On le rencontre dans le Macina, les régions de Nara, Nioro, dans la Boucle du Niger et sur le plateau central nigérien. Son aire s’étend maintenant jusqu'à Kadiolo et même plus au Sud. On distingue les variétés suivantes :

  • Zébu peul du Macina qui contient quelques sous types :
    • zébu peul Warbé,
    • zébu peul du Gondo-mondoro,
    • zébu peul du Delta,
    • zébu peul du Séno.
  • Zébu peul Toronké au Nord de la région de Kayes ; le Toronké est apparenté au zébu peul Gobra du Sénégal et présente de bonnes aptitudes bouchères.
  • Zébu peul Sambourou au Nord des régions de Kayes et de Koulikoro.

Le zébu peul se différencie du zébu arabe par sa grande résistance au milieu humide qui lui permet de vivre sans grand mal en zone soudanienne. C’est un bon animal de boucherie avec un rendement carcasse moyen de 46% en élevage extensif qui peut atteindre 55% après engraissement.

Les taurins

Mason (1951) situe l’origine du taurin d’Afrique au Sud du Sahara en Afrique du Nord. Il aurait été introduit en Afrique de l’Ouest par les populations berbères du Sud marocain, car il présente tous les caractères du type Ibérique, race de l’Atlas.

Pour Stewart (1956) la race taurine aurait deux ancêtres :

  • le Hamitic longhorn, descendant du Bos primigenius africanus, plus connu sous le nom de N’dama, qu’on rencontre à l’état pur dans les régions guinéennes et libériennes. La pureté de la race a été maintenue par l’inaccessibilité de son habitat par d’autres types de bovins surtout les zébus. Cependant cette affirmation doit être désormais nuancée car les conditions ont changé. Les principales caractéristiques sont : le grand développement des cornes en lyre à section circulaire ; la tête courte et large ; la  robe brune avec une raie dorsale plus claire; et
  • le Brachyceros (Shorthorn) qui dérive aussi du bœuf primigenius. Le type le plus proche de la Shorthorn est connu sous le nom de race Somba (race des lagunes). C’est un animal de petite taille, d’un poids variant entre 80 et 120 kg. La robe la plus répandue est la noire. La résistance aux protozoaires est très grande.

On classe les taurins en deux groupes : les taurins dérivés du bœuf à longues cornes (la N’dama et la race Kouri du Tchad) et les taurins dérivés du bœuf à courtes cornes (la race des lagunes et la race Baoulé).

Chacune de ces races a donné, soit sous l’influence du milieu après migration, soit par métissage entre elles et l’espèce zébu, naissance à des sous-races à caractères fixés ou à des métis encore mal fixés.

Race N’Dama

La race N’dama est le type le plus représentatif de l’espèce taurine en Afrique Occidentale. Son berceau est le Fouta - Djallon en Guinée. Au Mali, on rencontre cette race dans le cercle de Yanfolila, frontalier avec la République de Guinée et en effectifs reduits dans le cercle de Kéniéba et au Sud du cercle de Kita.

Cette race est connue pour sa trypanotolérance. C’est pourquoi elle est sollicitée dans les schémas d’amélioration ou de création de race bovine (exemple programmes d’amélioration génétique comme le Sénépol aux Etats Unis d’Amérique et celui du Centre de Sotuba). La race est très rustique, mais peu précoce.

Son aptitude bouchère est appréciable. Les essais de sélection ont permis d’obtenir une augmentation sensible de poids. Les taureaux atteignent ainsi 420 kg en moyenne et la vache 350 kg. Le bœuf est utilisé pour la culture attelée dans les régions du Sud.

Race Méré ou race Bamanan  

C’est un produit de croisement du N’dama et du zébu peul, qui possède des caractères ethniques bien fixés. Son aire géographique est le Kaarta, le Bélédougou, le Mandé et le Miankala.

La production laitière n’est pas élevée. La vache donne 300 à 800 litres en 150 - 180 jours. Cependant ce sont de bons animaux de boucherie. Le rendement carcasse est de 45 - 50% et peut dépasser les 50% après engraissement. Le bœuf est utilisé pour la culture attelée.

Les métis exotiques

Depuis les années 1950, des races étrangères ont été introduites au Mali pour améliorer les races locales par croisement. Ces dernières années, on assiste, surtout en zone péri – urbaine de Bamako, à un développement rapide du métissage entre races bovines locales et exotiques. Une enquête réalisée par Diarra et al. (1993) avait dénombré, sur un effectif de 3 000 métis, environ 140 génotypes, dont les plus importants étaient  par ordre d'importance numérique décroissant, les 1/4 Montbéliard- 3/4 Zébu Maure, les 1/2 Montbéliard-1/2 Zébu Peul et les 1/4 Rouge des Steppes-3/4 Zébu Maure.

L’étude a également montré qu’il n’y a aucun schéma approprié de croisement, ce qui constitue un danger pour la pureté des races parentales.

*  Les ovins  

On distingue principalement deux types d’ovins : le mouton à laine  et les moutons à poils.

Mouton à laine du Macina

Le mouton du Macina est l’unique race à laine de l’Afrique de l’Ouest. Son aire géographique est localisée dans le Delta Central du Niger; mais on le rencontre également à Ségou, Mopti, jusqu’à Niamey. On estime son effectif à un million environ. Le mouton du Macina est connu pour la production de laine. La toison est généralement blanche, mais elle est souvent tachée de brun, de roux, de noir, surtout à la tête et aux membres ; plus rarement elle est entièrement colorée. La laine couvre le corps jusqu’au front et au genou, mais le ventre est nu. Cette toison est ouverte, peu épaisse, formée de mèches pointues et vrillées. Le brin est grossier (diamètre de 20 à 95 m), mais très élastique. Il atteint une longueur de 12 à 15 cm et parfois 30 cm selon que l’on fasse une ou deux tontes par an. La laine est rêche et rugueuse et un de ses caractères le plus remarquable est son manque presque total de suint qui lui donne un rendement très élevé au lavage et au dégraissage. La production moyenne annuelle varie entre 600 et 700 g. Exceptionnellement elle peut atteindre 1 200 g.

Le mouton dit Koundoum est une variété de mouton du Macina dégénéré. Il est élevé sur les rives du Niger entre Tombouctou et Niamey et surtout dans les îlots de ce bief.

Moutons à poils

On les classe en moutons du Sahel et en moutons du Sud. Parmi les premiers on distingue la race maure à poils longs, la race maure à poils ras, la race Touareg et la race Peul. Du second groupe on ne distingue qu’une seule race dite de Fouta-Djallon ou encore Djallonké.

La répartition de ces deux groupes se fait sur un gradient déterminé par la pluviométrie. Les races du Sahel, plus grandes de taille sont adaptées au climat chaud et sec, tandis que celles du Sud, plus petites de taille et de format, sont adaptées au climat humide et chaud et sont tolérantes aux hémoparasites (trypanosomes, piroplasmes) et aux ectoparasites (tiques).

  • Les moutons à poils du Sahel se rencontrent dans la zone Subsaharienne et Sahélienne au nord du 15è dégré de latitude. On distingue : le mouton à poils ras qui a une bonne aptitude bouchère et dont la variété ladoun peut atteindre 80 kg de poids vif ; et le mouton à poils longs élevé dans les cercles de Nara et de Nioro.

Les poils sont utilisés pour la fabrication de toile de tentes. Les peaux d’agneaux sont utilisées pour la confection de tapis et de couvertures. En raison de certaines analogies avec le mouton Boukhara (astrakan), le mouton maure à poils longs a été croisé avec le premier pour obtenir des fourrures de bonne qualité.

  • La race touareg : On la rencontre dans la zone sahélienne et subsaharienne du Mali et du Niger. Ce sont les Touareg et les tribus maures du Sahara et du Nord du Sahel qui élèvent ces moutons. Ils vivent dans la région de Tombouctou, à l’Est de l’habitat du mouton maure. On le rencontre aussi dans l’Adrar des Ifoghas. On distingue deux types : grand mouton targui  et petit mouton targui.
    • Le grand mouton targui : de taille élevée 78 – 80 cm, pèse 40-60 kg, périmètre thoracique 85 cm. La robe est blanche, plus ou moins tachetée, vraisemblablement dû au croisement avec une race peul ;

    • Le petit mouton targui a une taille plus réduite 50-60 cm un poids de 20 – 30 kg. Le poil est uniformément gris fauve, plus long que chez le grand mouton targui. On le rencontre dans le Gourma au-dessous du 15è degré de latitude.

  • La race peule : La race peule est élevée par les Peuls. Elle a suivi les mouvements migratoires de ces éleveurs.  Elle occupe les mêmes aires géographiques que les zébus peuls. On distingue les sous races suivantes : Toronké et Sambourou, Bali bali.
  • Les moutons à poils du Sud : Ils sont représentés par la race Djallonké encore appelée mouton du Sud. La race Djallonké est répandue  dans tout l’Ouest Africain au dessous du 14 ° de latitude Nord. Cette race se rencontre au Sud du Mali, en Guinée, au Sénégal, au Niger, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et jusqu’au Bénin.

*  Les caprins

On distingue au Mali deux types de caprins : la chèvre du Sahel dont l’aire de dispersion est celle des moutons maures  et touareg  et la chèvre du Fouta Djallon qu’on rencontre dans la région du mouton djallonké.

  • La chèvre du Sahel : La chèvre du Sahel est très prolifique (deux portées par an). Elle est moins rustique que la chèvre du Sud et est très sensible à la trypanosomiase. Elle donne de 0,5 à 1,5 litres de lait par jour. La viande est sans odeur et excellente, sauf chez le bouc.
  • La chèvre du Fouta Djallon : La chèvre du Fouta Djallon est de petite taille (0,40 à 0,50 m). Elle atteint un poids de 18 à 20 kg. Le type variant sous l’influence du milieu, la taille et le poids vont en diminuant à mesure que l’on descend vers la côte Atlantique pour aboutir aux chèvres naines des lagunes. La chèvre du Sud est très rustique et tolérante aux trypanosomiases. Elle est aussi très prolifique : deux à trois produits par portée sont fréquents. Elle est peu laitière comparée à la race du Sahel. Le mâle castré s’engraisse facilement et donne une viande excellente.  

*  Les équins

Au Mali, on rencontre quatre types de chevaux :

  • le cheval du type aryen, encore appelé type arabe ou asiatique. On rencontre cette race dans l’Aïr, dans l’Adrar des Ifoghas, dans le Hodh . Il est élevé par les maures et les touaregs. Au Mali, ce type est représenté par une seule race : le cheval arabe encore appelé cheval du « Baguezan » du nom des monts Baguezans.

  • le cheval du type barbe ou mongolique est celui qui a eu le plus d’influence sur les races chevalines d’Afrique de l’Ouest. Il s’est conservé presque à l’état pur et quelques fois croisé avec l’arabe. Les différents croisements intervenus avec d’autres races ont produit des génotypes divers. Ces génotypes, sous l’influence du milieu, se sont différenciés et on peut identifier les sous-races suivantes :   le cheval du Hodh, le cheval du Sahel, le cheval du Bélédougou (ou de Banamba), le cheval du Kamiandougou, le cheval de Baraouéli, le cheval du Guidimagha, le cheval de Koniakary, le cheval du Sud et le cheval du Djerma.

  • le cheval du type Dongolaw : la limite septentrionale de l’habitat du cheval est la limite sud de la zone du dromadaire. La limite Sud est marquée par les gîtes permanents des mouches tsé - tsé : la Gambie inférieure, la Falémé, le Bafing en amont de Bafoulabé, le Bani en aval de San et le Baoulé. Certains chevaux introduits au Sud de cette limite peuvent y subsister pendant un temps plus ou moins long avec l’utilisation des trypanocides. On distingue les trois variétés suivantes : le cheval Dongolaw, le cheval Haoussa,  le cheval Songhoï.

  • le cheval du type poney : l’aire de cette race de petite taille semble être le Nord Bénin. On la rencontre dans la région de Sikasso et aussi de Bobo-Dioulasso et en Côte - d’Ivoire.

*   Les asins

L'âne, très largement utilisé dans toutes les régions du pays pour divers travaux, est cependant mal étudié. Il a très peu attiré l’attention des services techniques (de recherche et de développement). L’une des rares études consacrées à cette espèce est celle de Doutresssoule (1947), qui distingue quatre races d’ânes :

  • l’âne du Sahel  à robe grise ;
  • l’âne du Gourma à robe grise ;
  • l’âne du Miankala, à robe beige et raie cruciale sombre ;
  • l’âne du Yatenga, à robe gris – ardoise qu’on rencontre dans les cercles de Bandiagara, Koro et Bankass.

*  Les camélins

La zone d’élevage du dromadaire se situe au-dessus du 14° degré de latitude Nord. Une classification d’après les caractères éthniques est difficile, car aucune étude zootechnique d’ensemble n’a été faite.

On a distingué, suivant leur conformation, leur dressage, leur utilisation, des races de bât et des races de selle ; suivant leur habitat, des races de montagnes et des races de plaines; mais ces distinctions sont trop absolues. Cependant à chaque région naturelle correspond un type adapté. Ainsi les principales races rencontrées au Mali sont :

  • le dromadaire du Tibesti ;
  • le dromadaire de l’Aïr ;
  • le dromadaire de l’Adrar des Ifoghas

*  Les porcins

Il y a très peu d’étude ethnologique sur les porcs depuis celle de Doutressoule en 1947. Les porcs que l’on rencontre au Mali appartiennent soit à la race locale, soit à des races d’importation. En pratique, on trouve de petits noyaux de porcs locaux non améliorés, vivant en semi - liberté autour des villages, ou des petits élevages d’animaux métissés obtenus par croisement avec des géniteurs d’importation, ou encore des élevages semi-industriels d’importance moyenne de races améliorées à l’état pur. Les races importées sont assez souvent soit le Korhogo, soit le Large White. Parmi les races locales la race Somo est la plus connue et la plus étudiée.

La race Somo est originaire du village de Somo près de San et se rencontre dans les cercles de Bla, San et Tomian. Elle avait été introduite à la Station de Sotuba pour son amélioration.

*  Les animaux de compagnie : chiens et chats

Bien que ces animaux constituent de véritables compagnons de l’homme,  ils n’ont pas fait et ne font pas encore l’objet d’études. Ce qui explique en partie l’absence de données statistiques sur ces animaux. Cependant, chez les chiens on distingue un type assez homogène appelé le lévrier de Menaka  recherché à l'extérieur du Mali.

 *  La volaille           

La volaille est d’une grande importance dans la vie socio-économique du pays. Les données statistiques la concernant sont rares et peu fiables, à cause des difficultés de leur collecte. Les principales espèces domestiques sont : les poulets, les pintades, les canards, les oies et les dindons. 

Le système d’élevage extensif pratiqué dans le milieu rural ne permet pas de parler de race proprement dite, mais plutôt de souches. La classification de ces souches diffère selon les ethnies. Ainsi, dans le milieu bamanan, la classification des poulets se fait-elle selon les critères suivants : le format du sujet, le plumage, la forme de la crête, la forme des doigts, etc.

Le kokochè est la souche la plus étudiée à Sotuba. La race kokoché est originaire du cercle de Dioïla, principalement de l’arrondissement de Fana. On la rencontre dans les cercles de Barouéli et notamment dans l’arrondissement de Konobougou. La poule kokochè est connue pour ses qualités maternelles (bonne couvaison, bonne conduite de poussins, etc.).

2.2.3.2 Ressources génétiques des plantes cultivées

Le Mali est un important foyer de diversité biologique. Les plantes cultivées diverses et  variées sont présentées ici en 4 grands groupes :

  • les cultures céréalières destinées essentiellement à la satisfaction des besoins alimentaires des populations ;
  • les cultures oléagineuses et protéagineuses ;
  • les autres cultures vivrières;
  • les plantes textiles et industrielles.

Les cultures céréalières

Par ordre d’importance, on distingue le mil, le sorgho, le riz, le maïs, le blé, l’orge et le fonio.

  • Le mil (Pennisetum glaucum L)

Le mil, appelé aussi mil à chandelle ou mil pénicillaire, est une culture de grande importance dans les zones soudano-saheliennes et prédésertiques d’Afrique. Les zones préférentielles de la culture du mil sont le Centre-Nord (N-O et N-E), dominé par un climat sahélien à saharien et des terres sableuses ou sablo-limoneuses. Ces mils sont du type hâtif peu productif (75 à 85 jours et 500 à 800 kg/ha).

De nombreuses missions de collecte, organisées en 1975 au Mali en collaboration avec divers organismes nationaux  et internationaux (ORSTOM, ICRISAT, etc.), ont permis de constituer progressivement la collection malienne de mil. La plupart des variétés n’ont pas survécu aux mauvaises conditions de conservation qui constituent une contrainte majeure pour les ressources phytogénétiques au Mali. Heureusement que le double de cette collection est conservé ailleurs : ORSTOM, ICRISAT, collection mondiale au Canada.

  • Le sorgho  (Sorghum bicolor (1) Moench)

Les sorghos appartiennent à la tribu des Andropogonées et ne comprennent qu’un seul genre : Sorghum qui se divise en plusieurs espèces.

Sur les cinq principales races de sorgho déterminées par Harlan M. (Crop and Man), deux ont des foyers de diversité au Mali : race Guinea et race Durra. Les prospections et collectes réalisées ont permis de constituer la collection malienne de sorgho. Plus de 1 200 écotypes de sorgho ont ainsi été  collectés. Ce matériel a été évalué et utilisé dans diverses localités.

Les différentes races de sorgho représentées dans la collection sont Guinea (70%) avec ses deux principaux groupes : kéninké (54%), kendé (16%), la race durra (17%), la race caudatum (moins de 1%). Il y a un dernier groupe de sorgho de formes intermédiaires (13% de la collection). Dans les régions de Kayes, de Ségou et de Mopti, on rencontre un type de sorgho appartenant au groupe membranaceum, connu sous le nom “ keniké ” ou “ bimbiri ”. Les sorghos maliens de race "guineense" ont un cycle de maturité variable pouvant atteindre plus de 150 jours pour les photosensibles et tardives de la zone sud du pays et 85 jours pour les “ kéniké télini ” de cycle relativement précoce. Ces variétés sont retenues comme des variétés hâtives par les cultivateurs des zones de Koutiala et de Ségou.

Il existe également un petit groupe de sorgho “guineense” cultivé au Mali, le Guinense margariteferum, connu localement sous le nom de “ kendé ”. Ces variétés sont caractérisées par leur grain dur et petit, grain souvent utilisé pour faire un plat ressemblant au riz “ le Niènyen kini ”.

Dans la zone sahélienne des régions de Kayes et de Ségou du Mali, la race Durra est la plus cultivée. Elle est connue sous plusieurs appellations dont la plus courante est “ Gadiaba ”. Les sorghos gadiaba ont des plantules vigoureuses et bien développées et possèdent cette capacité de rester en état de dormance durant les périodes sèches et chaudes au cours de son développement végétatif  et d’utiliser l’humidité résiduelle du sol au stade de remplissage du grain en l’absence de toute pluie. Quand il pleut beaucoup au cours du remplissage, on obtient un grain de qualité médiocre.

Dans les régions de Kayes, Ségou et Mopti, il existe une race de sorgho appartenant au groupe membranaceum, connue sous le nom de “ Nio-fionto ” (sorgho aveugle) en milieu paysan à cause de ses longues glumes couvrant complètement son gros grain. Les panicules sont compactes et légèrement courbées.

La collection originaire de la zone lacustre (régions de Mopti et Tombouctou), contient une grande diversité de formes intermédiaires gadiaba X kéninké, dont les groupes majeurs sont appelés “ Saba ”, “ Sota ” et “ Hambo ”.

Malheureusement, les sorghos des zones lacustres, où existe une faible pression de maladie, sont extrêmement  sensibles à la bande de suie, quand elles sont cultivées dans la zone sorghicole du pays, c’est-à-dire l’Ouest et le Sud. La collection de la  région de Gao du Mali est dominée par les types Durra ayant des Panicules très compactes.

Les résultats des différents travaux de recherche effectués sur le sorgho au Mali ont permis de proposer à la vulgarisation beaucoup de variétés.

  • Le riz  (Oryza sp)

Du point de vue génétique, on distingue deux races cultivées (Oryza glaberrima et Oryza sativa) et deux variétés sauvages : Oryza longistaminata (diga) et Oryza barthii (sego).

Le Delta Central du Niger constitue, selon de nombreux auteurs, un important foyer de diversité et même un centre de domestication de l’espèce de riz africain (Oryza glaberrima steud).

Différentes variétés de riz Oryza glaberrima  et riz Oryza sativa ont fait l’objet de collecte, d’évaluation et d’utilisation pour la recherche et la production : 396 variétés collectées dont 215 collections de l’espèce Oryza glaberrima et 181 variétés de riz Oryza sativa. En 1987, 105 nouvelles accessions ont été introduites de l’IRRI (riz flottant et d’immersion profonde). L’évaluation de ces accessions a permis d’identifier certaines variétés qui ont été inscrites au catalogue officiel des espèces et variétés (IER,1986).

Actuellement la station de Kogoni dispose de 2218 accessions (espèce sativa L. : groupe indica, japonica et javanica). La plupart des matériels proviennent de l’ADRAO, de l’IRRI, de l’IRAT/CIRAD, de l’IITA.

  • Le maïs (Zea mays)

Le maïs est originaire d’Amérique tropicale. Les variétés sont classées suivant la durée de leur cycle végétatif d’une part, les caractères de leurs grains d’autre part (couleur, forme, texture, etc.).

La collection malienne de maïs comporte des variétés locales ou introduites de cycle précoce ou tardif, avec certaines variétés résistantes aux maladies et très productives : dix variétés ont été identifiées comme résistantes à la striure.

A partir des recherches menées sur l’amélioration du maïs au Mali, une liste de variétés performantes a été inscrite dans le catalogue officiel des variétés.

  • Le fonio ( Digitaria exilis)

Le fonio a toujours été considéré au Mali comme une culture secondaire, bien qu’il  joue un grand rôle sur le plan diététique. Il s’accommode de conditions de culture peu favorables (sols pauvres, sécheresse, etc.).

La recherche malienne dispose d’une collection qui a été enrichie par du matériel en provenance de la Guinée. Les plus performantes ont été identifiées et inscrites au catalogue officiel des variétés.

Les cultures oléagineuses et protéagineuses

Les principales oléagineuses et protéagineuses du mil sont :

  • L’arachide (Arachis hypogea)

La collection disponible est constituée d’un nombre important de variétés de types spanish, valencia, virginia introduites et des accessions locales qui ont été collectées lors de différentes missions de prospection. Les différents travaux réalisés sur cette culture ont permis de caractériser des écotypes et variétés d’arachide tolérantes à la sécheresse, d’identifier des variétés à cycle précoce, intermédiaire et tardif et des variétés résistantes ou tolérantes aux maladies et insectes.

  • Le niébé et le voandzou

Le niébé et le voandzou sont cultivés de la zone sahélienne à la zone soudano-guineenne. Outre la production de graines, le voandzou et surtout le niébé fournissent des fanes qui sont utilisées comme fourrage pour les animaux.

Les collections actuellement disponibles au niveau de la recherche se composent de :

  • Niébé (Vigna ungiculata)
    • 370 écotypes locaux,
    • 60 variétés exotiques,
    • 100 descendances de croisement.
  • Voandzou (Voandzea subterranea)
    • 212 écotypes locaux et 50 introduits.

Les autres cultures vivrières

Les espèces rencontrées sont les suivantes :

  • Plantes amylacées : la pomme de terre, la patate douce, l’igname, le manioc, le pois sucré.
  • Plantes à épices : le gingembre, le piment, l’anis (mafeîdjé en sonrhaï), le cumen (alhalawa en sonrhaï).
  • Plantes légumières : l’oignon, la tomate, le chou, la salade, le haricot vert, l’aubergine, le gombo, le melon, le concombre, l’amarante (boron, en bamanan), l’échalote, la courge, l’ail, la pastèque, le poivron, la laitue, le basilic, le persil, le poireau, etc.
  • Plantes fruitières : le manguier, les agrumes, le bananier, l’anacardier, le goyavier, la pomme cannelle, le papayer, l’ananas,  le grenadier.

Ces cultures vivrières mineures s’adaptent à différentes zones agroécologiques et sont appelées à jouer un rôle important dans la diversification des cultures et dans la promotion des systèmes de production intensifs tournés notamment vers le marché.

Les plantes textiles et industrielles

Les principales plantes textiles cultivées au Mali sont le coton et le dah.

  • Le cotonnier (Gossypium malvacearum)

Le cotonnier est essentiellement cultivé dans les zones à climat soudano-guinéen et soudanien. Des collections importantes de variétés de coton sont conservées au niveau des structures de recherche. Ces collections comprennent plusieurs espèces de G. Barbadense et G. Hirsutum d’origine américaine. Il existe des cultivars locaux largement cultivés avant l’introduction des variétés industrielles. Ces cultivars très rustiques, dont on rencontre quelques spécimens dans la région de Tombouctou, sont assez productifs et résistants aux insectes et maladies. Ils étaient le plus souvent cultivés sans engrais ni protection phytosanitaire. A côté de ces cultivars, il existe aussi des espèces sauvages dépourvues de lint.

Ce sont des arbustes des régions semi-arides des tropiques. Ces espèces donnent des fibres très résistantes, longues et fines. Ces espèces résistent aussi à certaines maladies et à la sécheresse.

Au Mali, les principales variétés cultivées de 1960 à 1997 sont les suivantes : A 49T, A151, A333-57, BJA592, B163, ISA 205B, Irma 1145, GL7, StamF, Nta, G, GL7, stam42, F, NTA88-6,  Nta 88-6/90-10 stam42/59A.

  • Le dah (Hibiscus cannabinus)

Le dah est une plante annuelle originaire de l’Afrique occidentale. On distingue cinq types selon la forme et la couleur des feuilles, ainsi que la couleur des tiges (types : simplex, viridis, ruber, purperus et vulgaris). La collection malienne de dah dispose de 5 variétés inscrites au catalogue officiel (BG-52-38-2 ; Teneni ; Andax x 58 ; Bulk 432 x Bulk 8 et 551-1 D-108-1-8). Le cycle de ces variétés varie entre 90 et 150 jours et les rendements de 600 à 1998 kg/ha.

  • La canne à sucre (Saccharum officinarum)

La canne à sucre, d'introduction récente au Mali, est cultivée en régie dans les périmètres irrigués de Dougabougou et de Siribala pour contribuer à la satisfaction des besoins nationaux en sucre. Pour cette culture, une importante collection de variétés, expérimentées par la recherche, est conservée en champ. En plus de la canne industrielle, il existe au niveau paysan certains cultivars locaux non encore  caractérisés dont la conservation des semences se fait dans les conditions paysannes et la régénération par la mise en culture périodique. Ce matériel ne fait l’objet d’aucun programme de recherche.

  • Le tabac (Nicotina sp)

Deux sous-genres de tabac sont rencontrés au Mali: le rustica (tabac local), et le tabacum (tabac industriel).

La collection malienne de tabac industriel est composée des quatre meilleures introductions qui sont : le Burley 21, le Bright cospaïa, le Paraguay, et le Kentucky 104. Ces variétés ont des rendements variant entre 1 300 kg/ha et 3 000 kg/ha et leur cycle varie de 118 à 135 jours. A côté de ces variétés il existe un nombre important d’écotypes locaux de type rustica que les paysans utilisent pour fabriquer le tabac à chiquer. Ces variétés ont une teneur très élevée en nicotine et une croissance très rapide.

  • Le théier (Camelia sinensis)

Le théier est une culture nouvelle introduite au Mali après l’indépendance. Il est cultivé seulement en régie sur les parcelles de la ferme de thé Farako. La collection disponible est issue de deux variétés d’origine chinoise, le Tchou kouin et le Tayan. Ce matériel disponible doit être complété par de nouvelles introductions plus performantes.

  • Plantes tinctoriales

On cultive essentiellement deux plantes tinctoriales au Mali : Le Henné (Lawsonia inermis :diaby en bamanan) et l’indigo (Indigofera sp, gala en bamanan).



 

[1] Une région naturelle, telle que définie par le PIRT (1983) est une entité géographique homogène qui se caractérise par des particularités géologiques, géomorphologiques, pédologiques et hydrologiques. Les facteurs naturels et les interventions de l'homme donnent une physionomie originale aux "régions naturelles" qui sont les entités locales.

[2] Le Mouflon à manchettes (Ammotragus lervia) à allure de bélier est une espèce endémique dans la région. Son ennemi principal est l’homme, alors que l’animal est intégralement protégé.

3 Les autruches de cette zone sont menacées par les activités humaines comme l'extension des cultures,  les aménagements pastoraux, etc.

[4] Quelea- quelea  causent des ravages dans les champs de mil .